Olivier Cesbron, Directeur Général Asie Pacifique et Hong-Kong chez Laboratoires Aguettant

"L’ingénieur agro est prédestiné à faire de l’entreprenariat, [...]. Il sait dialoguer avec des experts techniques, des commerciaux et des banquiers ; il sait travailler sous pression et il est très adaptable.."

Le développement commercial est un domaine encore peu connu pour vous ? Vous désirez savoir si un ingénieur agronome est compétitif sur des postes de direction générale ?

2004 - 2008

ENSAT - École Nationale Supérieure d'Agronomie de Toulouse

Spécialité Agro-Management

2008 - 2010

Manager Développement Commercial pour le bureau régional Asie Pacifique des laboratoires URGO

Ho Chi Minh City, Vietnam

2010 - 2012

Country Manager URGRO Vietnam

Ho Chi Minh City, Vietnam

2012 - 2014

Directeur Régional pour les laboratoires URGO

Hong-Kong

2014 - 2018

Directeur Général Asie Pacifique pour les laboratoires Aguettant

Ho Chi Minh Ville, Vietnam

 

2018 - Aujourd'hui

Directeur Général Asie Pacifique Hong-Kong pour les laboratoires Aguettant

Hong-Kong

Je m’appelle Olivier Cesbron et j’ai 34 ans. Je vis en Asie du Sud-Est depuis 10 ans et je suis diplômé de l’Ecole d’Agronomie de Toulouse.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à faire une école d’ingénieur agronome ?

 

Je n’avais pas une grande connaissance des formations post-bac. Je savais seulement que j’aimais la biologie et que j’adorais tout ce qui touchait à la nature.  Puis, j’ai découvert la formation d’ingénieur agronome qui englobait à la fois les sciences environnementales et les sciences animales, bref, tout ce qui m’intéressait. J’ai également appris l’existence des classes préparatoires, qui permettent d’accéder à cette formation. Je désirais rester dans une formation généraliste. J’ai obtenu l’école d’agronomie de Toulouse en 2004, ce qui me permettait également de pouvoir rester dans la même ville que ma compagne qui est aujourd’hui ma femme. Il est important de le mentionner maintenant car ces choix vont revenir tout au long de notre carrière internationale. La vie est un enchainement de décisions et  le développement personnel est tout aussi important que le devenir professionnel. Après deux ans d’école, nous trouvions que nous n’avions pas assez de recul et d’expérience sur toutes ces nouvelles connaissances acquises. Il nous semblait nécessaire d’appliquer nos capacités au monde professionnel pour pouvoir notamment être plus facilement embauchés à la sortie de l’école. Nous avons donc décidé d’effectuer une année de césure. Je suis ainsi resté six mois en France à travailler dans le marketing comme chef de projet pour une entreprise canadienne « Lallemand » qui fabrique des levures et des enzymes pour le vin et la boulangerie. C’était une expérience très enrichissante car cela restait une petite structure très dynamique où je travaillais à la charnière entre la production d’un matériel vivant à portée agronomique, et l’aspect commercial et marketing de celui-ci. Le but était également de mettre de l’argent de côté pour notre projet de départ à l’international qui était déjà présent dans nos esprits. 

 

Nous souhaitions partir au Sri Lanka car c’était tout d’abord un endroit où très peu de personnes étaient déjà allées. Nous voulions vraiment découvrir de toutes nouvelles expériences. Pour maximiser nos chances, ma compagne et moi postulions en candidature commune et de préférence pour des entreprises locales. Le pays était alors en guerre civile et y partir à l’aventure n’était pas la meilleure des idées ; mais cela faisait extrêmement sens pour nous à l’époque. Nous adorons d’ailleurs encore aujourd’hui ce pays. Nous postulions dans les entreprises d’exportations principalement.

En définitive, nous avons travaillé dans une petite entreprise locale d’exportation de fruits et légumes pour les Maldives, au cœur de la capitale du Sri Lanka, dans un chaos assez certain. Au cours des premiers jours passés là-bas, nous nous demandions où nous avions atterri et c’était déjà plus rassurant d’être deux dans ce genre d’aventure !

 

Notre employeur nous a proposé d’aller à la rencontre de tous les employés de l’entreprise et de revenir au bout d’une semaine avec une proposition de projet à réaliser pour la société. Nous trouvions cette formule beaucoup plus intéressante car cela nous démontrait leur interêt  concernant les compétences que nous pouvions leur apporter. Cela consistait donc en un audit interne. Notre conclusion, à la fin de cette semaine, était qu’ils avaient besoin d’une base de données centralisée avec tous les prix des articles vendus et un logiciel de facturation pour avoir une efficacité de vente beaucoup plus importante. En effet, la préparation et l’envoi chaque jour de chaque colis, à destination des Maldives, prenaient un temps considérable dû à ce manque d’organisation concernant la production de documents de vente corrects et à la logistique. Nous avons également participé à la création du site internet de l’entreprise. Par la suite, et grâce à l’appui du directeur de l’entreprise qui voulait satisfaire notre curiosité, nous avons eu l’opportunité de réaliser de courtes missions ou visites dans des entreprises dont les directeurs faisaient partie de ses connaissances (j’ai par exemple passé 1 journée dans un groupe de fourniture d’engrais, 1 journée dans le groupe sri lankais leader en boulangerie ou encore une journée sur la seule exploitation viticole du pays). Enfin nous avons travaillé les deux derniers mois dans la filiale d’export maritime qui appartenaient à la famille de notre directeur. Nous étions passés du marché de gros aux quartiers des affaires. Le tout nous a permis de mettre un pied dans le commerce international !!!

 

Qu’est-ce que vous retenez de votre expérience de césure ?

 

Les Sri Lankais parlaient un très bon anglais, à l’inverse de nous, à notre arrivée. Ce fut donc complexe dans les premiers moments mais nous sommes tombés sous le charme du pays. Dès notre retour en France et à l’école, nous avons tout de suite compris que cela avait été une très bonne idée de partir. Tous les cours faisaient beaucoup plus sens et écho, notre vision des choses était également beaucoup plus ouverte et globale sur l’ensemble de ce que nous étudions.

 

Qu’avez-vous fait par la suite ?

 

J’ai choisi d’effectuer la spécialité Agro-Management à l’ENSAT puis ai fait mon stage de fin d’études au sein du groupe Urgo à Paris. Cela m’a permis ensuite de pouvoir commencer ma carrière à l’international. J’étais rattaché à la direction générale du groupe dans un service de conseil et d’audit interne avec d’autres stagiaires ou jeunes cadres; chacun d’entre nous s’est vu attribuer plusieurs missions sur différents départements du groupe. J’ai pu ainsi être en contact avec un maximum de personnes mais aussi de problématiques ce qui m’a permis à la fois de comprendre de façon globale mon environnement et de me construire un réseau très intéressant. Deux compétences qu’un ingénieur agro possède particulièrement. Toutefois l’idée de repartir était toujours bien présente dans nos esprits. Nous souhaitions repartir à l’étranger et plus particulièrement en Asie, une fois nos stages de fin d’études terminés.

 

Pourquoi l’Asie ?

 

L’Asie une région qui est en constante évolution et dont le marché croît énormément. De plus, nous étions déjà très attachés à l’Asie après notre expérience au Sri Lanka. C’est un continent des plus vastes qui abrite une diversité impressionnante de cultures que nous voulions pleinement découvrir. Nous avions ciblé la Malaisie et le Vietnam principalement et avions fait jouer le réseau pour rencontrer des ingénieurs agronomes qui avaient déjà travaillé là-bas. Nous avons finalement choisi le Vietnam. Au départ j’étais en phase finale pour obtenir un VIE chez Sanofi et ma femme avait trouvé un poste chez HSBC au Vietnam. Mais, le groupe Urgo, une fois mon intérêt pour l’Asie connu, m’a proposé de m’envoyer au Vietnam en VIE. Le groupe venait de prendre la décision de développer activement leur filiale asiatique, j’arrivais donc au bon moment. C’est cela que j’ai fortement apprécié au sein de ce groupe : s’ils apprécient le travail que tu leur fournis, ils vont vraiment être à l’écoute de tes attentes de carrière. De plus, la mission qu’ils me confiaient était de nouveau une mission très globale qui me permettait de toucher à tous les domaines ; cela me convenait parfaitement.

 

Urgo, Sanofi, vous avez toujours voulu travailler au sein de l’industrie pharmaceutique ?

 

Pas vraiment ; j’ai postulé chez Sanofi car au moment où nous cherchions des postes au Vietnam pour pouvoir partir, il n’y avait que des postes en industrie pharmaceutique auxquels je pouvais postuler. Je n’avais aucune prédisposition pour ce secteur. Urgo reste à mi-chemin entre l’industrie pharmaceutique et le matériel médical. De fil en aiguille, je me suis retrouvé là-dedans mais je n’ai jamais été fermé à d’autres secteurs. 

 

 La mission pour laquelle je fus envoyé au Vietnam dura deux ans et s’avéra des plus enrichissantes car j’ai pu m’intéresser à énormément de domaines différents. Le but était de transformer et de rendre beaucoup plus opérationnelles les différentes entités URGO en Asie (Vietnam, Thaïlande, Chine). J’effectuais alors des missions aussi bien en ressources humaines qu’en développement commercial ou en gestion des ventes. C’était très global et complet, ce que j’appréciais fortement. Le groupe préfère que l’on puisse apprendre, s’adapter et se former au sein de l’entreprise. Cela permet de toujours évoluer et d’apporter une plus-value.

 

Après mon VIE, un poste se libéra et on me proposa de prendre la direction du bureau et des équipes Vietnam.; j’avais 24 ans. Je ne pouvais pas espérer meilleure opportunité mais ce ne fut pas toujours simple car je me retrouvais à diriger une trentaine de personnes auprès desquelles j’avais déjà travaillé en tant que VIE et j’étais le plus jeune de toute l’entreprise. Mon expertise était déjà reconnue mais pas mon habilité à diriger et manager une équipe ; j’ai dû faire mes preuves. Il a fallu que je gagne ma place.

La plupart des Vietnamiens ont envie de se former, d’apprendre et de faire partie d’une structure qui bouge. Ainsi, si l’entreprise se développe, ils sont sensibles aux nouvelles perspectives qui peuvent s’offrir à eux et au fait d’apprendre quelque chose de nouveau chaque jour. Cela contribue à l’émergence de la notion d’équipe et à sa création ce qui nous permet ainsi de former une dynamique vers un objectif commun. Il est nécessaire de trouver la « clé » qui permette justement d’emmener son équipe vers un objectif commun. C’est cela qui caractérise un bon manager. 

 

Quelle a été alors la suite pour vous ?

 

J’avais donc rempli mes objectifs en tant que directeur au bout d’un an et je m’étais dit qu’une année, c’était très formateur et suffisant. Au bout de deux ans sur ce nouveau poste j’ai eu soif de changement (entreprise, environnement, mission). Ma femme venait de se faire faire proposer une mutation à Hong-Kong et nous voulions sauter le pas. J’ai donc voulu présenter ma démission à Urgo qui ne l’a pas accepté et m’a proposé de poursuivre l’aventure en ouvrant un bureau à Hong Kong et en lançant une nouvelle activité sur la zone Asie. Même entreprise mais changement suffisant pour se lancer !

J’ai donc été nommé responsable de la création de ce nouveau bureau et je suis passé du management de 30 personnes au management de moi-même pour quelques mois puis j’ai été rejoint par une VIE exceptionnelle qui est aujourd’hui devenue directeur Marketing URGO UK. Cela a duré deux ans et ce fut très formateur, car après avoir « managé » les autres à faire au mieux, je suis redevenu mon propre « manager » c’est-à-dire un peu plus expert à effectuer les tâches par moi-même.

Le métier de manager, c’est passer beaucoup de temps en réunion, à superviser et planifier ; on perd donc un peu cette notion d’expertise où l’on produit soi-même quelque chose de spécifique pour l’entreprise. La mission consistait à voyager à travers l’Asie pour trouver des partenaires qui seraient chargés de la commercialisation des produits URGO Grande Conso aux pharmacies. J’ai donc passé ces année-là en déplacement majoritairement. Fort de cette expérience, les postes et missions de développement commercial se sont révélés passionnants. C’est en effet, un travail ouvert à l’extérieur qui vous permet d’apprendre d’une multitude de rencontres au sein et en dehors de votre propre entreprise.

 

N’est-ce pas assez éreintant de devoir se déplacer en permanence pour son travail ? 

 

Effectivement, au bout de deux ans, j’étais fatigué de ce rythme là et j’ai eu envie de changer une fois de plus. Nous n’avions jamais fait de pause avec ma femme depuis le début de nos carrières, et nous voulions prendre un peu de temps pour nous. Après 2 mois de break, nous étions de retour au Vietnam ; ma femme avait créé son entreprise et pour ma part, je rejoignais un nouveau laboratoire pharma, le laboratoire AGUETTANT. La mission était similaire à celle que j’avais chez URGO auparavant : je devais développer une activité déjà présente mais stagnant au Vietnam tout en lançant le groupe en Asie. Le laboratoire Aguettant est un groupe pharmaceutique lyonnais spécialisé dans l’anesthésie, l’urgence et les injectables stériles. Ce sont des produits à haute valeur ajoutée, ce qui est très intéressant ; il y a très peu d’acteurs mondiaux dans le domaine. J’y suis depuis cinq ans maintenant. J’ai commencé par gérer une équipe  de 25 personnes tout en effectuant des missions de développement commercial. L’entreprise aujourd’hui est en pleine accélération, car on s’est beaucoup implanté en Asie en parallèle d’un développement rapide au Vietnam. L’équipe s’est notamment agrandie et aujourd’hui le Vietnam est géré de manière autonome tout en restant dans le giron Asie. Je serais pour ma part, dans quelques semaines envoyé à Hong-Kong pour y monter notre siège régional Asie et continuer notre développement.

 

L’entreprenariat est également à envisager si l’on ne veut pas faire que de la spécialisation technique ou que du management. On mêle toutes les compétences en une seule mission. L’ingénieur agro est prédestiné à faire de l’entreprenariat, il lui manque juste de la confiance en lui mais en termes de compétences internes, il a tout. Il sait dialoguer avec des experts techniques, il sait dialoguer avec des commerciaux et des banquiers, il sait travailler sous pression et il est très adaptable.

Il faut faire de notre formation une force et non un frein ! 

 

N’est-ce pas la peur de se voir doubler par un candidat issu d’écoles de commerce sur des équipes de développement commercial ? 

 

Pour la plupart des groupes, c’est faux car sur une équipe de cinq personnes ils auront quatre profils commerciaux et un profil d’ouverture : l’ingénieur agronome se place sur ce poste d’ouverture. Il faut absolument jouer cette carte de la différence et ne pas en avoir peur.

 

Quelles sont pour vous les problématiques locales du pays après tant d’années ici ? 

 

Un Européen pense en ligne droite, il ne passe pas à l’étape B tant que l’étape A n’est pas réalisée, c’est très linéaire. Certains sont plus flexibles et peuvent lancer plusieurs étapes en même temps. Un Asiatique ça pense en rond. Par exemple, pour acheter un téléphone, l’Européen va demander les caractéristiques techniques de celui-ci, des critères bien précis qui vont déterminer sa décision. Un Japonais va plutôt demander le diamètre du port audio du téléphone ou d’autres questions que nous considérons comme des informations inutiles ou des questions dénuées de pertinence. Mais si le vendeur peut lui apporter ces réponses, il va l’acheter. L’Asie est beaucoup plus basée sur la confiance et le relationnel qu’une vision pragmatique des choses. Ainsi, si on montre qu’on peut apporter toutes les réponses qu’il souhaite, qu’il nous perçoit en contrôle du produit, l’Asiatique se dit que l’entreprise est cohérente et qu’il veut bien travailler avec elle. L’humain est beaucoup plus au centre des relations en Asie. Il faut ce relationnel, c’est une des clés du business. Il faut aller rencontrer et passer du temps avec ses partenaires pour qu’ils en apprennent plus sur vous et vous accordent leur confiance. Sur des pays comme le Sri Lanka, apprendre à vous connaître ne signifiera pas en savoir plus sur votre métier, votre manière de travailler ou vos centres d’intérêts mais savoir quelle est votre religion ou si vous êtes mariés. Ils voient le statut social différemment. L’Européen est proactif tandis que l’Asiatique est réactif. Pour le moment, ce sont des personnes qui souhaitent toujours apprendre et se remettre en cause mais cela pourrait changer dans des dizaines d’années peut-être. Ils se soutiennent beaucoup et sont moins individuels ; de plus, changer de travail est beaucoup moins risqué ici, il y a très peu de chômage. 

 

Quels sont selon vous les enjeux majeurs de demain ? 

 

Mon rôle en tant qu’ingénieur agro c’est de vulgariser l’expertise scientifique. Ce rôle doit d’ailleurs continuer même dans la vie de tous les jours car, dans toutes les problématiques du développement durable, il faut bien exposer à l’ensemble de la population que ce sont des questions globales. Il n’y a pas qu’une seule réponse qui existe. Ce ne sont en aucun cas des débats binaires. Même si de nombreuses solutions voient le jour, il faut analyser si elles conviennent à l’ensemble des systèmes écologique, sociaux et économiques avant de conclure sur leur mise en place. L’ingénieur agronome doit apporter des clés d’évaluation pour prendre des décisions structurantes en énergie, agriculture biologique, écologie et bien d’autres sujets… Il faut garder l’esprit ouvert et c’est là où la place de l’ingénieur agro est intéressante car il peut dépolariser les débats. Nous essayons d’œuvrer pour un meilleur développement durable ensemble.

 

Avez-vous des conseils pour les étudiants ? 

 

Ne vous mettez pas de barrières ! Vous testez, vous analysez mais rappelez- vous que nous ne sommes jamais engagés pour la vie donc au lieu de trop réfléchir et d’être trop proactif, allez-y ! Si ce n’est pas ce que vous voulez faire, vous arrêterez tout de suite. 

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