Olivier de Salmiech, Regional Sales & Marketing lead at DSM, Singapour

" Une vie professionnelle, ce n’est pas que de la performance, c’est un cheminement personnel qui doit faire sens."

Vous souhaitez en savoir plus sur le monde des nutra-ceutiques ? Les innovations liés aux  phyto-extraction et aux molécules de synthèse vous interessent ? Les problématiques liées à la nutrition vous parle ? 

Je m’appelle Olivier de Salmiech, j’ai 37 ans et cela fait plus de 10 ans que je suis en Asie. J’ai fait l’Agro de Nancy où j’ai été admis sur titre et je suis sorti en 2006. Avant cela, j’étais à l’université Pierre et Marie Curie à Paris pendant presque 5 ans où je faisais de la biologie.

Qu’est- ce qui vous a amené à faire l’Agro ?

Je suis né en Afrique et j’y ai vécu pendant plus de 10 ans. J’ai toujours voulu travailler en amont de la chaine et pour moi l’agronomie et l’agroalimentaire me semblaient être les plus intéressantes à étudier. Je suis quelqu’un d’assez terre à terre qui aime les choses tangibles. C’est cela qui a motivé mon choix.

Une fois à l’Agro, comment vous êtes- vous orienté ?

Comme j’avais fait pas mal de physiologie végétale à l’université, j’ai souhaité continuer en agronomie. J’ai choisi la spécialisation « protection des cultures ». J’avais envie d’aller au bout de ce parcours intellectuel même si je n’ai pas travaillé dans ce domaine-là par la suite. Mon premier stage était chez Monsanto en Allemagne sur du maïs « RoundUp Ready ». L’Allemagne est un pays intéressant où il y a beaucoup de gens contre les OGM. Pour moi, d’un point de vue purement scientifique, c’était très intéressant de faire des essais en champs. Cela m’a intéressé pendant 6 mois et après ces 6 mois j’ai décidé de complètement changer.

Que vous a apporté votre formation ?

Pour moi il y a deux choses. La réalité, c’est que le système d’éducation en France est assez spécifique. L’université est bien pour l’aspect théorique mais cela ne donne pas forcément de métier. Dans mon esprit, l’université est plus appropriée à la recherche et à l’enseignement. J’avais envie d’ouvrir mon esprit sur les projets que proposait l’Agro puisque qu’il n’y avait pas ça à la fac. Ensuite c’est une formation qui offre un panel énorme de métiers et une flexibilité que je n’aurais pas eu sans cela. C’est plein de choses aussi : c’est un esprit de camaraderie et j’ai pu aussi toucher à tout : le food, la formulation et ce, même si j’ai fait protection des cultures. A l’ENSAIA on nous obligeait également à partir à l’étranger ce qui ouvre l’esprit des étudiants. J’encourage tout le monde à partir à l’étranger d’ailleurs, c’est super important !

Je pense qu’au final il faut être très réaliste ; le diplôme te permet d’avoir ton premier boulot et peut t’aider à travailler dans le secteur que tu souhaites mais après, ce n’est pas un gage de succès. L‘important, c’est à la fois la personnalité et l’expérience que tu as, qui vont faire de toi un professionnel aguerri. Il y a des gens qui se pensent trop parfaits. Il faut d’abord apprendre à se connaitre, savoir ses forces et ses faiblesses et une fois que l’on a fait cela, c’est beaucoup plus simple de trouver un métier qui nous convienne. Beaucoup d’étudiants ne savent pas ce qu’ils veulent faire. J’avais apprécié la maturité de l’enseignement de l’ENSAIA, c’est pour cela que je l’ai choisi.

Après l’école, quel a été votre parcours ?

J’avais fait un Erasmus en Allemagne et je voulais revenir en Allemagne. Après Monsanto j’ai été approché afin de travailler pour une boite américano-indienne basée en Allemagne dans une ambiance de start-up. Ils produisaient des extraits de plantes à partir de la médecine ayurvédique. J’ai toujours été passionné par les plantes donc travailler dans la phyto-extraction, cela me convenait bien. De plus, travailler pour des Indiens c’était culturellement très exotique car il faut imaginer que nous étions basés dans un petit village près de Francfort. C’était donc vraiment une autre façon de travailler. C’était super challengeant et c’était mon premier contact avec l’Asie. L’idée était de monter une petite équipe de routards et développer le business de zéro. En deux ans nous avons réussi à attraper de beaux contrats chez Chanel, chez Dior simplement parce que nous avions une vraie spécificité qui faisait rêver les clients. Notre positionnement était nouveau en Europe. Nous n’étions pas vraiment dans le « Food » mais plutôt dans le nutraceutique et la cosmétique. J’étais vendeur et j’ai fait cela pendant presque deux ans. J’ai ensuite eu une opportunité au sein d’une boite danoise qui s’appelle Danisco pour un poste en Australie. En fait, j’avais deux offres : une sur des arômes à New York dans une autre entreprise ou chez Danisco sur les ferments lactiques et probiotiques pour le marché australien et néo-zélandais. Je me suis dit que je pourrais toujours aller à New York mais pas forcément en Australie. J’ai donc été responsable d’un « business unit » à Sydney pendant deux ans. C’était un business qui ne marchait pas bien et l’idée était de le rendre profitable. En deux ans j’ai dû m’adapter au pays, réapprendre mon anglais et développer le marché. Cela a plutôt bien fonctionné. La boite m’a donc envoyé développer le marché sur toute l’Asie Pacifique. Je me suis retrouvé à voyager en Inde, en Chine, en Corée, au Japon, dans toute l’Asie du Sud-Est. J’ai alors déménagé à Singapour. C’était super intéressant et c’est comme cela que je me suis retrouvé en Asie.

Puis Danisco s’est fait racheter par DuPont de Nemours, plutôt une grosse boutique.  Ils sont très spécialisés en agrochimie et matériaux type Teflon, kevlar… Cela m’intéressait moins, je préférais la taille humaine de Danisco et leur culture d’entreprise propre aux pays nordiques : très pragmatique, très responsabilisante. Je suis donc allé travailler en Malaisie pour Barry Callebaut. Aujourd’hui c’est le numéro 1 mondial du cacao, en chocolat industriel et pour les professionnels. J’étais responsable de la zone Australie/Nouvelle Zélande, Corée du Sud, Pakistan, Bangladesh, Sri Lanka et j’ai ouvert le marché de la Papouasie-Nouvelle Guinée. J’ai passé deux ans à Kuala Lumpur à être responsable commercial pour les « non corporate accounts » c’est à dire tous les clients locaux et les distributeurs. J’ai appris énormément de choses sur le marché, le « sourcing ». Nous allions dans les fermes de culture de cacao : le chocolat c’est quand même un superbe produit.

Il faut savoir que la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao, le Ghana est deuxième (c’est aussi la plus belle qualité de fèves) puis viennent l’Indonésie et enfin la Malaisie. Il y a eu un gros changement en Malaisie il y quinze ans et cela se passe actuellement en Indonésie à savoir le remplacement de cultures de cacao par du palmier à huile. Il faut entre trois et cinq ans pour qu’un cacaotier donne des fèves. En attendant, les agriculteurs n’ont pas de retour sur investissement. C’est donc très difficile pour des fermiers qui vivent sous le seuil de pauvreté de s’occuper de ces arbres qui demandent de surcroît beaucoup de soins. En Malaisie, ils sont passés à l’Hévéa en lien avec le développement de l’industrie automobile (besoin en pneus) mais aussi aux palmiers à huile bien sûr. L’huile de palme est une réalité malgré les politiques anti-huile en place en Europe. C’est un produit de commodité, ultra important et utilisé dans plein d’applications différentes : cosmétique, industrie et pas seulement l’agroalimentaire. La différence c’est qu’en deux ans on peut déjà commencer à récolter. Il y a une destruction massive des forêts natives en Malaisie et en Indonésie et c’est désolant mais c’est une réalité économique. En Europe on est passé par là avec les mines de charbon. Cela fait partie du process de développement de ces pays- là et le renier serait se voiler la face.

Dans quoi travaillez- vous à présent ?

J’ai fait une rencontre avec quelqu’un qui m’a beaucoup inspiré et qui est aujourd’hui mon chef. Je pense qu’au bout d’un moment, grâce à l’expérience et au réseau que l’on se créé, les opportunités viennent et il faut savoir choisir les bonnes. Cela tient à des équipes, à la culture de l’entreprise, le « Sense of Purpose » d’une entreprise et ce que l’on peut en apprendre. J’ai donc rejoint DSM. C’est une entreprise qui fait des ingrédients de spécialité et qui a plein de divisions différentes. C’est un grand groupe : cosmétique, UV block pour les crèmes solaires, nutrition animale… L’Asie a un grand potentiel de développement sur ces marchés- là, surtout en aquaculture (poissons, crevettes) et en volaille. La division pour laquelle je travaille s’appelle « Human Nutrition & Health » : vitamines, colorants, fibres, probiotiques, édulcorants, etc, … Je suis directeur commercial d'usines de pré-mix. Nous vendons des vitamines en direct mais nous fabriquons aussi des produits plus élaborés : des « blends » et je suis responsable des ventes de ce business qui représente un tiers du business de l’Asie. C’est un métier très intéressant ; 50% se fait en nutrition infantile : les « blends » de minéraux, de vitamines, d’acides aminés, … L’autre partie se fait en « Food and Beverage » et ce sont les mêmes types de « blends » mais pour les « energy drink » par exemple. On fait aussi des formulations pour les gélules en nutraceutique.

Une dernière partie que je trouve super intéressante et qui est la raison pour laquelle j’ai rejoint DSM c’est le riz fortifié et tous les « programmes d’amélioration nutritionnelle ». Nous travaillons avec des ONG comme Unicef et les ministères de la santé de pays en voie de développement pour améliorer la nutrition des couches défavorisées. Nous mettons en place des programmes et nous créons des formats spécifiques. Le riz est un aliment de base et n’apporte malheureusement pas tous les nutriments nécessaires : on recombine alors le riz avec des nutriments et on le mélange avec du vrai riz. Mon métier c’est donc de gérer tout ça. De la profitabilité aux ventes, je suis responsable des chiffres et de certains clients.

Quels sont les enjeux du futur selon vous ?

Il ne faut pas oublier que la population grandit. Le plus gros challenge réside donc dans l’alimentation, la « supply-chain ». Aujourd’hui si on regarde les productions animale et agricole, il y a abondance mais se  nourrit-on bien pour autant ? Dans toutes les classes sociales aujourd’hui, il y a un vrai problème alimentaire, l’obésité en est un. Comment peut-on rééquilibrer cela ? Je pense que l’on a tous un rôle à jouer là-dedans en tant qu’agro. Évidemment, c’est mon corps de métier donc ce sont des problématiques auxquelles je suis plus sensible ; nous nous rendons compte que nos clients - vos marques - y pensent de plus en plus mais sont très lents à mettre en place des politiques de nutrition.

Auriez-vous un conseil pour les étudiants ?

Soyez très ouverts d’esprit, la France est un petit pays. On ne peut pas ignorer la globalisation. Il y a des pays qui sont beaucoup plus forts que nous sur bon nombre de secteurs mais la France a des choses à faire valoir. Je conseille à tout le monde d’être ouvert d’esprit et de prendre des risques. Quand on est jeune c’est le moment, pas à 40-50 ans. Apprenez ! On apprend tous les jours, j’apprends tous les jours !
Une vie professionnelle, ce n’est pas que de la performance, c’est un cheminement personnel qui doit faire sens.

Ingénieur - Singapour - DSM - nutriments - commerce - Food & Beverages - Innovation  

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