Pascal Lalanne, Fondateur du Turtle Reef Nature Sanctuary,

Conseiller du commerce extérieur pour l'ambassade de France,

Président de la Indonesian Street Children Foundation (ISCO)

" C'est difficile d'imaginer une formation plus multidisciplinaire que les deux années de prépa et la formation d'agro. On est prêt à tout !"

Vous êtes intéressé par l'entreprenariat ? Vous êtes intéressé par les initiatives "net zéro énergie" ? Vous êtes attiré par l'Indonésie ? Vous avez peur des prises de risque et voulez en être guéri ?

1980 - 1983
Etudiant, AgroParisTech

1983 - 1984

Master en Sciences, Energy et Process, IFP School

Sept 1984 - Janv 1989

Ingénieur Projet , Technip IND

1989 - 1990

MBA at IPMI Jakarta,Programme International de Management en coopération entre le centre Euro Asie de l'INSEAD et Harvard Business School

Sept 1989 - Déc 1993

Head of Marketing and Sales, Honeywell Bull

Janv. 1994 - Déc 1999

Distributeur pour l'Indonésie, eServGlobal

Oct 1999 - Juil 2004

Fondateur et membre du conseil d'administration, 1rstWAP

2014 - 2017

Diplôme de troisième cycle en design et construction parasismique (DPEA), Ecoles Nationales d'Architecture de Marseille-Luminy et de Paris-Belleville

Mai 1999 - Aujourd'hui

Fondateur, Fondation Yayasan ISCO

Août 2002 - Aujourd'hui

Conseiller du commerce extérieur, ambassade de France en Indonésie

Déc 2007 - Aujourd'hui

Fondateur et Directeur opérationel , Turtle Reef Nature Sanctuary

Pascal Lalanne, breton de Dinard : « J’ai fait ma sup et ma spé au lycée Chateaubriand à Rennes. À mon époque l’Agro était différent(e) de l’école d’agroalimentaire. Je n’avais pas eu les points suffisants pour rentrer à l’Agro donc je suis rentré à Massy Douai (ENSIA) et finalement c’était ce qui me correspondait bien grâce aux notions industrielle, de gestion etc. »

 

Avez-vous fait une formation complémentaire ?

            « À la fin de l’ENSIA je me suis rendu compte que je voulais travailler à l’étranger et qu’il y avait peut-être la possibilité d'avoir un diplôme supplémentaire. J'ai postulé à l'école nationale des pétroles et des moteurs, l’IFP à Rueil Malmaison. C'est une école d'application de Polytechnique en un ou deux ans. Historiquement des agros avaient participé à la mise en œuvre des procédés de distillation du pétrole puisqu’ils étaient dépositaires des technologies de distillation. »

 

Pourquoi avez-vous choisi l’Indonésie ?

            « À ma sortie de l’IFP arrivait le service national et j'avais postulé pour la coopération comme beaucoup d’ingénieurs à l’époque. J’avais eu trois choix : un en Arabie Saoudite, un en Afrique et un pour une grande compagnie d’ingénierie française qui s'appelle Technip (aujourd’hui TechnipFMC) en Indonésie. J’ai donc été envoyé en Indonésie pour Technip sur un projet de la banque mondiale pour construire une usine de pâte à papier. C’était à l’époque une idée assez novatrice puisqu’il s’agissait de construire une usine de pâte à papier non pas à partir de bois d’arbre mais à partir de fibres de cellulose des résidus de la canne à sucre, de bagasse donc. Je suis resté un an et demi en tant que coopérant sur ce projet dans le centre de Java et j’ai adoré. J’ai appris la langue et finalement j’ai préféré rester en Indonésie à la fin de la coopération. Je n’ai pas vraiment eu de carrière en France. »

 

Qu’est-ce qui vous a donc amené à votre situation actuelle ?

            « Quand la coopération s’est terminée, j’ai travaillé un peu plus longtemps pour Technip en Malaisie et en Indonésie mais puisqu’un jour je voulais me lancer à mon compte, je me suis dit qu’il me manquait un bagage : le bagage purement gestion finance marketing. J’ai donc postulé pour un MBA lancé par l’INSEAD de Fontainebleau et Harvard Business School en Indonésie, en partenariat avec les ministères indonésiens. Les profs d’Harvard et de l’INSEAD venaient nous faire cours en Indonésie et ça coûtait trois fois moins cher. Ça tombait bien, comme je n’avais pas beaucoup d’argent et qu’en plus, je voulais rester en Indonésie. J’étais le premier étudiant européen dans ce MBA international. Ça a duré 12 mois ; c’était basé sur les études de cas et c’était passionnant.

            Agro, ingénieur pétrole et MBA en poche, il fallait commencer à se mettre à travailler un peu quand même. Dans les années 89, il y avait très peu d’ingénieurs informaticiens ; donc les sociétés allaient recruter qui elles pouvaient, en bac+5, qui savait pondre un peu de code. Justement, quand j’étais à l’ENSIA, ils avaient cassé leur tirelire et acheté un ordinateur. J’avais obtenu l’autorisation de passer mes week-ends à Massy et d’utiliser cette machine extraordinaire qui répondait à mes questions, qui était capable de me faire des calculs en quelques secondes. À l’époque, c’était magique. Puis sur le chantier de la banque mondiale, il y avait une carence dans ce domaine- là et je me suis occupé de la partie informatique du pilotage d’usine. Donc à la fin de mon service national, j’étais devenu un expert en informatique. J’ai pris un poste de salarié comme directeur commercial pour une société franco-américaine, Honeywell bull. Je me suis occupé de tout l’équipement informatique de l’aéroport de Jakarta, les systèmes d’information des passagers, les systèmes d’enregistrement, les systèmes d’immigration et les systèmes de radar. J’ai fait ça avec une petite équipe pendant trois-quatre ans.

            Malgré tout je savais que je deviendrais entrepreneur ; il fallait attendre le bon moment mais pas trop tard quand même. Quelques années plus tard c’était l’avènement de la téléphonie mobile. C’était en 1993 et je me suis dit que si jamais je ne prenais pas ce train- là, il n’y en aurait peut-être plus d’aussi intéressant. Donc après tout ça, je commençais à ne pas être trop mauvais en informatique et, les télécoms, ce n’est rien d’autre que du process d’information. L’Indonésie comptait déjà 200 millions d’habitants et j’avais eu cette vision qu’un jour tous les Indonésiens auraient un téléphone mobile. Maintenant, en Indonésie, il y a 280 millions d’habitants et 350 millions de téléphones ; ils ont plus d’un téléphone mobile par personne ! J’étais allé voir une boîte française qui avait développé la mobicarte. Je leur ai dit que je voulais représenter leur société en Indonésie et qu’on partagerait les bénéfices. Ils m’ont dit qu’ils s’étaient renseigné sur le marché indonésien, qu’il n’y avait que 6000 abonnés et qu’il n’y avait rien à y faire. À force d’insister, ils m’ont donné l’autorisation de vendre leur logiciel sous licence, mais il ne fallait pas que ça leur coûte un centime ! En échange, j’avais 15% de commission sur les ventes. Au bout de 10 ans, je gagnais deux ou trois fois plus que le PDG mais il était très content puisque l’Indonésie représentait 20% du chiffre d’affaire de sa boîte. Le pays, entre-temps, était passé de 6000 à 40 millions d’abonnés et on était pionnier sur tout ce qui était système à valeur ajoutée, serveur de messages courts et surtout le prépayé : la carte-logiciel de la mobicarte en fait.

            Voilà comment j’ai gagné l’argent qui m’a permis de créer ma fondation pour l’éducation des enfants des bidonvilles, et qui m’a permis par la suite de créer le sanctuaire naturel de Lombok et l’hôtel « Net zéro énergie » dont nous allons parler. J’ai fait ça jusqu’en 2004, ensuite les marges ont beaucoup baissé à cause de la concurrence chinoise. La société a repris la boîte et moi j’ai tourné la page ; je voulais faire autre chose que des télécoms toute ma vie. » 

 

Pouvez-vous nous parler de ces deux projets qui semblent vous tenir à cœur : votre fondation « Yayasan ISCO » (Indonesian Street Children Organization) et votre sanctuaire Turtle Reef Nature Sanctuary ?

            « En fait j’ai eu une phase où je pensais partir à la retraite, comme quoi les rêves et les aspirations évoluent. Mon premier objectif en partant à l’étranger était de me retrouver dans un environnement où je pouvais facilement devenir entrepreneur, puisque dans les pays en développement il y a une croissance de 5 à 10%. Dans la vieille Europe, chacun s’accroche à son marché alors que dans les pays en voie de développement, c’est beaucoup plus fluide. Je m’étais aussi fixé comme objectif de partir en retraite tôt. A l’époque il y avait des problèmes de licenciement en France dans la fonction de cadre. Je m’étais dit que, tant qu’à choisir un bac scientifique, faire des classes prépa et se donner du mal pour rentrer dans les meilleures écoles, autant essayer d’échapper à un système où l’on va être en situation de dépendance toute sa vie. Ce n’est pas logique de se donner autant de mal entre 16 et 25 ans et de finir en situation d’années d’aliénation toute sa vie. Autant terminer le boulot et se mettre dans une situation où l’on aura son destin en main. À 44 ans, j’étais habillé pour l’hiver financièrement et je voulais naviguer.

            J’ai navigué, traversé l’Atlantique, j’ai fait trois ans quasiment tout seul et je pensais que ma vie allait continuer comme ça. Entre temps, j’avais quand même créé ma fondation pour les enfants des bidonvilles en 1999, car, dans les pays en voie de développement, on ne paye pas beaucoup de taxes, mais, si on a une conscience éthique, qu’est- ce qui vous empêche d’utiliser votre argent ou le surplus de votre argent pour créer une fondation ? S’il n’y a pas beaucoup de taxes vous vous enrichissez plus vite mais cela veut également dire que le pays a très peu de filet de sécurité sociale pour les gens défavorisés et le reste des habitants. Dans tous les cas, si cette fondation n’atteint pas son but, n’est pas efficace, et, dans mon cas, si les enfants n’arrivent pas à monter d’une classe à l’autre, vous saurez que c’est de votre faute. A l’inverse, si ça marche vous aurez une grande satisfaction. En 1999, j’ai donc créé cette fondation avec 53 enfants et 3 éducatrices et, qui maintenant, est la seconde plus grosse fondation d’Indonésie avec 2400 enfants et 80 éducatrices ; on s’appuie surtout sur les écoles publiques. On remplace les parents car ceux-ci sont au travail : ramasseurs d’ordures, ils réparent de vieux vêtements trouvés dans les poubelles, ils sont prostitués ou coolie dans les ports. Ils sont à la merci du destin : un seul accident et toute leur carrière, toute leur vie, sont perdues et ils en ont souvent des accidents. Une semaine ils ont du travail, une semaine ils n’en ont pas.

            Les enfants vont généralement à l’école pendant trois ans, du CP jusqu’à l’âge de 8/9 ans, puis ensuite souvent le petit frère arrive et la mère en enlève un de l’école et le plus grand l’aide à mendier ou ramasser les ordures. Trois ans ce n’est rien, le destin se reproduit et ils n’ont aucune chance de rentrer dans la classe moyenne. Il faut le bac pour pouvoir rentrer dans la classe moyenne. Cette fondation a donc réussi à mettre un enfant des bidonvilles à l’université ce qui ne s’était encore jamais produit. Les barrières sont tellement élevées à ce niveau que c’est très compliqué ; il y a des écoles primaires partout mais entre 12 et 15 ans il y’a un premier goulot d’étranglement et c’est impossible pour les mamans de suivre et de maintenir leurs enfants à l’école. Je parle des mères car ce sont elles qui sont le pilier des foyers ; les pères ne sont souvent pas là, on ne sait où, ou même parfois décédés. Mais même dans les cas où ces enfants- là restaient scolarisés, après, pour le bac c’est encore plus compliqué. Il faut faire des dizaines de kilomètres pour pouvoir trouver un lycée qui propose le bac, ils n’ont pas d’argent pour payer le transport... En définitive nous avons réussi à en mettre 37 à l’université ! Il n’y a pas de fatalité !

          La fondation marchait toute seule et je commençais à m’ennuyer un peu. J’avais acquis deux hôtels sur Dinar en Bretagne entre temps. On avait promis aux parents défavorisés d’amener tous ceux qui le pouvaient jusqu’au BAC ou au BEPC, que le pays est en pleine émergence et qu’avec le bac, leurs fils auraient un travail avec un revenu stable, à l’inverse de mendiant. C’est comme cela qu’on arrivait à convaincre les mères de nous confier un ou deux enfants de leur foyer. Cela changeait déjà beaucoup que d’arrêter l’école à 9 ans. »

 

Et la proportion filles/garçons dans tout ça ?

            « Ah surtout pas les filles disaient les familles ! C’est du gâchis ! Les familles ne veulent envoyer que leur garçon car les filles vont se marier et tomber enceinte : pas besoin qu’elles fassent d’études du tout en fait. Or, ce sont les femmes qui restent travailler pour ma fondation car les hommes ne peuvent pas exercer de travail social, ils prennent ainsi le risque de ne pas trouver de femme et de ne pas se marier. Ce n’est pas apprécié de travailler dans le milieu social pour un homme. Les Indonésiens ont un sens immense de l’empathie mais c’est pour la famille et les voisins. Si la famille voisine a un grave accident et que les parents meurent, tous les enfants seront adoptés à vie le soir-même par les familles voisines proches, il n’y a pas de questions qui se posent. Mais quand c’est par rapport à des milieux sociaux qui sont trop loin géographiquement et en termes de richesses, cela ne fonctionne pas du tout. Donc travailler dans une fondation comme la mienne, ce n’est pas du tout apprécié pour les garçons ; on leur dit « quand est-ce que tu vas trouver un vrai boulot ? ». Mais nos éducatrices sont toutes des femmes et bien évidemment qu’elles militent pour la parité hommes-femmes pour accéder aux bourses que l’on offre ; nous sommes parvenus à 50% de petites filles et à l’université et au lycée. On dit aux parents que c’est à laisser ou à prendre. Au début on avait du mal car les parents n’y croyaient pas, ce sont des gens qui ne voient que le futur proche, savoir comment l’on va se nourrir ce soir ..! Donc des objectifs à 10 ans, ils ne le comprenaient pas. Maintenant nous sommes connus, notre réputation facilite les choses mais il y’a encore des parents qui refusent cette aide.

 

          J’avais mis suffisamment d’argent, gagné grâce à mon travail dans les télécoms, dans un « trust » pour que la fondation survive dessus. Un trust cela veut dire que l’on met de l’argent dans une banque et la fondation va vivre, non pas sur cet argent sinon cela s’épuise forcément un jour, mais sur les intérêts produits. La fondation pouvait alors perdurer financièrement pour 1000/2000 enfants. Or, quand les premiers jeunes garçons et jeunes filles ont demandé à tenter l’université comme leurs copains, on n’avait pas réellement prévu ça du tout. Notre devise était « equal chance » nous étions donc un peu pris à notre propre piège, ils disaient « nos copains ils tentent l’université, pourquoi pas nous ? ». Alors on a dit oui mais on n’avait pas l’argent nécessaire pour financer tout ça... c’était pas prévu. On a donc donné deux règles : uniquement pour les 94 meilleures universités, qui sont les universités d’État, publiques, et de choisir une discipline où ils allaient vraiment faire une différence financière et avoir un vrai boulot, bien payé ; pas de disciplines de pur enrichissement personnel. 37 sont rentrés à l’université mais j’avais calculé que l’on aurait plus assez d’argent, que le trust ne génèrerait plus assez d’intérêts.

          Entre temps, s’est ouvert l’aéroport international de Lombok, l’île à côté de Bali, et je me suis dit que cela devait être le karma. J’ai donc réinvesti l’argent qu’il me restait pour voir si je ne pouvais pas le multiplier sur cette île qui était maintenant ouverte à l’international après 30 ans de discussion du projet. J’ai donc investi plusieurs millions d’euros en protégeant les plages au fur et à mesure que je pouvais racheter les terres aux paysans de Lombok, qui, de même que leurs homologues bretons ne vendent que s’ils ont envie de vendre (il ne faut pas les pousser), ou alors il faut payer 10 fois le prix !  Cela me permettait de sauver quelques hectares de plages pour que quelqu’un veuille bien en faire un jour quelque chose de beau et ainsi financer les universités. J’ai mis 10 ans à acquérir une péninsule que je voulais protéger, sinon, cela aurait été des hommes d’affaires de Jakarta qui auraient mis des tours de 15 étages en plein milieu des plages. Maintenant la fondation a autant d’argent qu’elle veut et l’objectif est de mettre au moins 200 enfants à l’université (tous ceux qui le pourront en soi) et au moins 50% de filles ! »

 

Comment, juste en achetant des terres à Lombok, vous avez eu du retour sur investissement ?

        « Car les trois facteurs clés de l’immobilier, pour mes collègues d’AgroParisTech, sont l’emplacement, l’emplacement et l’emplacement. Nous voilà alors en 2007, quand l’aéroport de Lombok a enfin été décidé pour désencombrer Bali. J’ai d’abord investi afin d’avoir un réservoir financier pour la fondation puis finalement je me suis pris au jeu et j’ai protégé les plages et les collines. Des amis m’ont également conseillé de m’intéresser au sommet, j’ai donc fait venir un architecte de la loi littoral en France, qui m’a fait un petit bouquin sur l’application de la loi littorale sur l’île de Lombok : pas de construction dans la bande des 100 mètres, construction dans les vallées, on ne doit pas voir les hôtels depuis la mer... De fil en aiguille, en créant des sociétés à but touristiques et m’étant marié à la charmante Anna, qui est Indonésienne, j’ai pu devenir propriétaire afin de réaliser mon projet de sauvegarder les paysages de Lombok de la folie immobilière destructrice qui allait arriver sur l’île dans moins de 20 ans. J’avais une mission de protéger Lombok du destin de Bali et en même temps un retour économique évident en créant un écrin d’une centaine d’hectares qui allait être protégé par une espèce de loi littorale (en tout cas 80% vert). On veut attirer une clientèle plus haut-de-gamme, avec un meilleur taux d’occupation assurant de plus gros revenus : mon risque était donc limité.

      J’ai ensuite profité du fait que j’étais bac+5 AgroParisTech pour suivre un troisième cycle d’architecture. Je suis rentré en France pendant un an, j’avais 55 ans, et j’ai fait ce diplôme avec l’école d’architecture de Marseille Luminy, en coopération avec l’école d’architecture de Paris Belleville, dans le domaine de la construction parasismique. Le sud de Bali, Java et Lombok sont fortement sismiques et il fallait donc se frotter un peu à la question pour construire les hôtels prévus. Ma mission actuelle est donc de protéger ce sanctuaire naturel et de l’aménager avec l’aide d’autres investisseurs mais selon un cahier des charges que j’ai établi : 80% vert, pour chaque hôtel pas plus de 25% de surface au sol, pas plus de 2 étages, des matériaux locaux et relativement neutres, naturels. À l’intérieur de ce sanctuaire naturel, il y aura un certain nombre d’établissements (restaurants, hôtels, spa) qui seront net zéro énergie, dont un dont je vais rester propriétaire au moins à 50%. Cet hôtel net zéro énergie est basé sur l’énergie solaire avec 6000m2 de panneaux solaires et, pour la nuit, on est relativement novateur sur la production de froid pour la climatisation, lorsque l’énergie solaire n’est plus disponible. On procède grâce à la congélation, alimentée par énergie solaire, de matériaux à changement de phase. C’est quelque chose dont vous allez entendre beaucoup parler dans le futur, c’est un des moyens de stocker de l’énergie.

      C’est le fait de stocker de l’énergie grâce au changement d’état liquide-solide, solide-liquide. Je m’intéresse aux matériaux à changement de phase d’origine bio-sourcée, organique ; et donc, comme je suis en Indonésie, j’ai choisi l’huile de noix de coco. Pendant la journée, on fait congeler une quinzaine de tonnes d’huile de noix de coco et pendant la nuit, comme on n’a pas d’énergie solaire, on fait refondre la noix de coco par un système de circuit d’eau passant dans les cuves. L’huile donne son froid, envoyé ensuite dans les chambres. L’huile de noix de coco a une excellente enthalpie, elle capte et elle rend une énergie fabuleuse, mais elle n’a pas une bonne conductivité, de même que toutes les autres huiles. Dans une cuve, on va avoir un problème de conductivité car petite surface mais grande épaisseur. On a ainsi été obligé d’inclure l’huile de coco dans des matrices de fibres de carbone. On travaille avec des universités françaises et indonésiennes pour réaliser cet hôtel, qui sera ainsi le premier au monde à être basé sur l’huile de noix de coco et le carbone ! »

 

Sur quel sujet, quel domaine devrait se lancer un futur agro maintenant selon vous ?

       « On arrive dans une ère post carbone fossile qui va créer des opportunités énormes pour les futurs ingénieurs agronomes. Cela passera surtout par des convergences entre les sciences du vivant et d’autres domaines : recherche appliquée sur les algues pour l’optimisation des zones maritimes suite à la désertification des ressources terrestres par exemple ou encore le devenir de l’industrie du bâtiment. Chaque gramme de matériaux qui a un impact carbone pendant sa construction ou pendant l’exploitation du bâtiment va être pénalisé par des taxes carbones ou des interdictions de permis de construire. Les seuls matériaux qui n’ont pas d’empreinte sont les matériaux bio-sourcés, en cherchant, bien sûr, des solutions futures pour tous les problèmes qui s’opposent encore à leur optimisation. »

 

Pourquoi partir à l’étranger et pourquoi devenir entrepreneur ?

        « Prendre un petit peu de risque, sortir de son enveloppe de confort, pour partir dans un pays en voie de développement amènent de grandes chances que ce risque soit récompensé, d’énormes chances. C’est une question de persévérance, on n’est pas sûr de réussir du premier coup en entreprenariat et là il y a une citation qui arrive à point : « Vous savez ce qu’est le succès ? Le succès, ce n’est rien d’autre que la capacité d’aller d’échec en échec sans avoir perdu votre enthousiasme ». Si vous prenez ce risque, vous avez la chance, éventuellement, de faire le plus beau métier du monde à mon avis. Pour moi, le plus beau métier du monde c’est de devenir Impact Investor. Ce sont des entrepreneurs qui essayent, sous la pression des enjeux de la planète, et la crainte de voir un jour leurs enfants avoir un monde rempli de guerres et de conflits liés au changement climatique. On peut parler quand même de 1 à 2 milliards de personnes qui pourront être déplacées. Ce sont des entrepreneurs qui, assez facilement, ont décidé de concilier le fait de devenir maître d’un capital avec la réalisation de sociétés scientifiques, innovatrices, commerciales ou informatiques, qui ont un fort impact environnemental ou social, ou les deux à la fois. On est capable d’ajuster ses priorités en fonction de ce qu’on perçoit être les plus gros enjeux. Chacun est capable de piloter ces enjeux, d’investir dedans, d’employer des personnes passionnées qui vont vous aider à réaliser tout ça : vous en obtenez des résultats économiques et ce n’est pas du mécénat uniquement. »

 

 

L’ingénieur agronome a t-il donc une responsabilité plus grande selon vous ?

        « En effet, c’est difficile d’imaginer une formation plus multidisciplinaire que la formation d’agro plus les deux années de prépa. On est prêt à tout ! Je le vois donc d’une manière extrêmement exigeante, mais, quelque part, il y a un karma. Si l’on a eu la chance de rentrer dans cette école, que nos parents nous ont aidé financièrement ou pas, que l’on a eu les capacités intellectuelles de rentrer dans cette formation, cela veut dire que ce n’est pas quelqu’un d’autre. On doit donc rendre autant qu’une autre personne qui aurait été particulièrement généreuse. Parce qu’on se trouve dans une période où les enjeux climatiques sont inquiétants et que beaucoup de pays vont avoir du mal à réaliser la transition énergétique, le monde du vivant est justement le monde qui va apporter la plus grosse contribution : énergie, bâtiments, accès aux ressources alimentaires… Les ingénieurs agronomes ont donc une plus grosse responsabilité et le fait d’avoir pris cette formation ne peut pas être indissociable de cette responsabilité. Et comme il y a un karma, il y a de grande chance que vous arriviez à des retombées économiques par les innovations que vous allez créer. Pour terminer, je voudrais citer une phrase de Shakespeare, reprise par Picasso : « Le sens de la vie c’est de chercher son talent, mais le but de la vie, c’est de l’offrir aux autres ».

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