PATRICK JACQUESON, Senior Emergency & Rehabilitation Officer, FAO

Cela fait 15 ans que je travaille pour la FAO et je ne me suis jamais ennuyé ! Si on est prêt à s’engager, on peut faire des choses formidables !

Professeur d'économie et de marketing en lycée agricole ? Gestion d'une exploitation agricole française ?

Départ pour l'Italie et la FAO au sein de l'unité de la coopération technique  ? La division urgence de la FAO ?

Anticiper les crises et y répondre de façon plus résilience ? Des missions dans des pays difficiles ou instables politiquement parlant ?

1992 - 1996
Student, INA P-G (92), ENESAD (96)

 

1996 - 1997

Agricultural Adviser , Irlande

1997 - 2000

Farm Manager, France 

 

2000 -2002

Programme Officer, FAO Technical Cooperation Department Programme Coordination Unit, Rome

2002 - 2009

Programme Officer, FAO Emergency Operations and Rehabilitation Division, Rome

2010 - 2014

Senior Officer, FAO Emergency and Rehabilitation Division, Rome

2014

Deputy FAOR, FAO Representation, South Sudan

2014 - Aujourd'hui

Senior Emergency and Rehabilitation Officer, FAO Emergency and Rehabilitation Division, Rome

Pour vous, quelles sont les forces de notre formation ?

 

La pluridisciplinarité, le concret des études, le réseau, l’accompagnement et la confiance que l’on nous donne ! En parlant d’accompagnement, l’agro nous donne la possibilité de côtoyer des personnes formidables ! Quand j’y repense, je me dis qu’à l’âge de 20 ans j’ai pu passer une après-midi avec la première femme à être allée dans l’espace, Claudie Haigneré, au cours d’une UV sur la vie dans l’espace ! Nos professeurs étaient excellents, je me souviens en particulier de Monsieur Mazoyer. En travaillant à la FAO, je me suis rendu compte de la pertinence de son travail dans une telle Organisation !

 

Le réseau est également un atout considérable pour l’école. Pour trouver un stage, j’ai parcouru l’annuaire et j’ai appelé un diplômé, il m’a dit « ok viens, je te prends, voici ce que je te propose ! » Avec le recul, c’est incroyable, les personnes t’accordent beaucoup de temps, une heure, deux heures pour discuter et t’aider, le réseau est un sacré atout, une vraie chance.

 

 

Vous ne tarissez pas d’éloges sur notre formation, mais selon vous existe-t-il des points à améliorer ?

 

Le diplôme d’ingénieur n’est pas vraiment reconnu au niveau international. Il faut savoir le vendre ! Le seul petit bémol serait notre niveau en langues étrangères. On s’en rend compte en côtoyant d’autres personnes, en sortant de l’école, il nous reste beaucoup à apprendre pour avoir un bon niveau en langue !

Vous partez ensuite au lycée agricole de Montauban pour être professeur d’économie et de marketing. Etait-ce difficile d’enseigner à des étudiants qui avaient pratiquement votre âge ?

 

Non, c’était assez amusant ! Une partie de mes cours était extrêmement pratique. Par exemple pour le cours d’action commerciale, nous organisions des ventes de melon, de fraises etc. Pour un autre cours, j’ai organisé un concours d’étiquette pour les jus de pommes que nous produisions sur l’exploitation. L’autre partie de mes cours, plus théorique était un peu moins évidente car le public n’aimait pas forcément écrire... Mais finalement en trouvant des exemples concrets je réussissais à attirer leur attention !

 

 

En parallèle vous gérez une exploitation agricole, que vous a apporté cette expérience de deux ans sur le terrain ?

 

Lorsque je suis arrivé à Montauban, j’ai eu de la chance. Mon collègue en charge de l’exploitation agricole rattachée au lycée était en partance. J’ai commencé à mi-temps à suivre l’exploitation en parallèle des cours que je donnais j’ai basculé à plein temps. Ces deux années de gestion d’une exploitation m’ont vraiment beaucoup appris et me servent encore aujourd’hui lorsque je travaille sur la résilience : la grêle qui détruit l’exploitation, la difficulté de trouver de la main d’œuvre lors d’une cueillette... J’ai été confronté à des problèmes concrets qu’il fallait résoudre ! Passer du théorique à la pratique, c’est vraiment enrichissant !

 

L’exploitation était membre d’une coopérative axée sur le développement rural. J’étais en quelque sorte animateur et je permettais de promouvoir l’échange ! Agé de 25 ans, j’avais une expérience limitée et les exploitants, eux, avaient des années d’expérience, alors il fallait être sûr et certain de là où j’allais !

 

Ce n’était pas toujours évident mais j’avais un chef de culture exceptionnel. Je travaillais du lundi matin au dimanche soir, mais ça en valait la peine : avoir un métier extrêmement concret au départ permet ensuite de comprendre, de savoir de quoi on parle. Quand les producteurs expriment leur mécontentement par rapport aux prix par exemple, on comprend mieux car on l’a déjà vécu !

Comment s’est déroulé votre départ à l’étranger ?

 

A l’époque j’avais exprimé le souhait de repartir à l’étranger. J’ai reçu un message du Ministère me prévenant qu’il y avait une opportunité à la FAO. J’ai envoyé ma candidature en juin, j’ai eu une réponse en novembre et j’ai commencé à travailler en février. J’ai rapidement découvert les joies de l’administration d’une grosse organisation ! (Rire) J’ai quitté l’exploitation agricole un vendredi et le lundi suivant j’étais à la FAO.

 

 

Cinq mois dans l’unité des bourses puis deux ans dans l’unité de la coopération technique ? Racontez-nous !

 

Ma mission était de trouver des solutions pour contribuer à la restructuration de l’unité qui se chargeait d’envoyer des personnes des pays en voie de développement dans les pays développés afin de contribuer à leur formation. Ce système avait peu évolué depuis des années et devait évoluer. Cinq mois après mon arrivé le service a fusionné avec une autre groupe plus large.

 

J’ai ensuite travaillé dans l’unité de coopération technique grâce à une ancienne de l’agro qui m’a beaucoup aidé. Je voudrais souligner encore une fois l’importance du réseau ! Au sein d’une équipe de quatre, ma mission était de déterminer quel programme de coordination technique la FAO pouvait mettre en place dans le domaine de l’investissement, des urgences, de la collaboration (sud-sud par exemple). J’avais une mission très transversale qui m’a permis de comprendre le fonctionnement de la FAO.

 

 

Depuis 2002 vous travaillez pour la division des urgences, imaginiez-vous à l’époque que treize ans après vous travailleriez encore dans cette division ?

 

Je me souviens d’une conversation que j’ai eu au début de ma carrière à la FAO avec mon collègue de Montauban. Patrice Blanchet avait été en charge de l’exploitation agricole de Montauban pendant dix-sept ans, et j’ai beaucoup apprécié travailler avec lui. Il m’avait dit « Ne fais pas la même bêtise que moi, je suis resté dix-sept ans à la même position ! » Ce à quoi je lui avais répondu « Crois-moi, je ne le ferai jamais ». Vingt après cette discussion je me retrouve dans la même situation (rire). Mais j’ai évolué au cours de ma carrière à la FAO et j’apprécie énormément la diversité de mon travail !

 

 

Racontez-nous, comment fonctionne la division urgence de la FAO ? Quelle a été son évolution depuis treize ans ?

 

Je suis actuellement à la tête d’une équipe sur la programmation rattachée directement au directeur. Aujourd’hui le budget de la division est de 400 millions de dollars et nous avons trois équipes : une travaille sur les politiques, une autre sur les réponses aux crises et enfin une dernière sur la programmation.

 

Mais je n’ai pas commencé là ! La division urgence a beaucoup évolué. En 2002, il y avait une cinquantaine de personnes et le budget s’élevait à 100 millions de dollars. En 2010, nous étions deux cents et le budget était d’environ 500 millions de dollars ! J’ai effectué un gros travail d’appui au directeur, et cette vision interdisciplinaire que l’on apprend à l’école m’a beaucoup aidé. 

C’est en 2012 que l’unité a vécu son changement le plus important. La mise en œuvre des actions devait partir des pays et non plus du siège. En dix-huit mois, nous avons réduit les effectifs, de deux cents personnes nous n’étions plus qu’une soixantaine, ce qui a impliqué un énorme travail de transfert de responsabilité du siège au pays. Le travail a été très intense, demandant une forte implication et disponibilité de tous. Au final je crois que le travail accompli répond au nouvel environnement dans lequel nous opérons.

 

 

Que peut-on faire pour anticiper au mieux les crises et y répondre de façon plus résiliente ?

 

Notre agenda résilience nous permet d’intervenir dans trente-cinq pays (une quinzaine en Afrique, sept/huit au Moyen Orient, cinq/six en Asie, cinq/six en Amérique Latine). Nous faisons face à trois types de situation : les catastrophes naturelles, les maladies végétales et animales et les conflits. Pour cela, nous tentons d’apporter des réponses dans les trois domaines précédemment évoqués, c’est-à-dire qu’une équipe s’occupe des politiques, une de la réponse à la crise et une autre de la programmation. En effet, l’unité d’urgence a évolué en travaillant en amont des crises afin de limiter l’impact de ces dernières. Nous mettons en place des séries de mesure de prévention et d’atténuation, par exemple nous avons réfléchi aux systèmes d’alerte qui permettent aux populations d’anticiper les catastrophes et de réagir.

 

 

Si vous deviez nous racontez une mission ?

 

Je parlerais de ma mission au Sud Soudan, cela a été très enrichissant. Ce pays a été en guerre pendant cinquante ans, les deux années qui ont suivies l’indépendance ont été deux années de « boost » incroyable. En 2013, a eu lieu un clash ethnique qui a durement affecté le pays... De février à juin de cet année-là j’ai été adjoint au représentant pour mettre en place le système de réponse à cette crise.

 

Quelles ont été nos actions ? Nous distribuons à la population locale des semences. Cela peut paraître simple, mais il y a tout un travail pour savoir quel type de semence apporter (adaptation au sol, adaptation au régime alimentaire pour limiter au maximum les carences). Nous avons également apporté des vaccins et des médicaments pour les animaux, nous avons distribué du matériel de pêche, nous avons apporté de nouveaux fours plus efficaces à installer dans les camps (qui permettent notamment de limiter l’utilisation de bois) ... Toutes ces actions ont été menées dans un contexte relativement violent, d’un point de vue humain, c’est extrêmement exigeant. J’étais au contact de la population locale et cela a été très enrichissant.

 

En bref, nous répondons à la crise et nous essayons de promouvoir la stabilité sur le long terme.

 

 

Actuellement vous travaillez sur la Syrie ?

 

Oui, mon rôle en tant que chef de l’unité sur la programmation est de coordonner différents appuis dans certains pays en conflit et notamment en Syrie. J’étais ce week-end au Caire pour en discuter. Notre rôle est de déterminer aujourd’hui les répercussions sur le secteur agricole. La Syrie est un pays qui était, d’un point de vue agricole, très exportateur et qui aujourd’hui ne couvre plus ses propres besoins.

 

 

Une instabilité politique dans un pays influe-t-elle la nature des réponses que vous apportez ?

Cela dépend bien sûr du contexte, si le pays est instable on privilégiera des interventions très courtes, alors que dans des zones plus calmes, on essaie de trouver des solutions sur un plus long terme. La difficulté est de travailler avec les gouvernements et avec l’opposition. Il faut faire en sorte d’aider les populations vulnérables, il faut également faire en sorte d’être accepté, de ne pas être perçu comme partie prenante, cela demande beaucoup d’énergie mais c’est fascinant. Notre intérêt est pour la population ! Il faut savoir que la FAO intervient beaucoup avec ses partenaires locaux, nos programmes sont basés sur la compréhension de la situation et la compréhension des besoins. C’est également intéressant de voir la réalité du terrain comparé à ce que l’on entend dans les médias.

 

 

Votre avis sur la FAO ?

La FAO est une grosse organisation, on peut la critiquer et ça c’est français (rire). Il faut que nous poursuivions nos efforts pour rendre notre travail plus visible. Les défis auxquels nous devons répondre sont énormes. Il faut rester optimiste et se dire que l’on va réussir à éradiquer la faim. Cela fait 15 ans que je travaille pour la FAO et je ne me suis jamais ennuyé ! Si on est prêt à s’engager, on peut faire des choses formidables !  

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