Pauline Haddad, Directeur financier adjoint, Management Sciences for Health

MSH effectue des projets à long terme, essentiellement de la reconstruction de système médical dans les pays en développement, on ne fait pas du tout dans l’urgence.

Se lancer dans la finance après l’agro ? Quel est le cœur d’action de Management Science for Health ? Les différences entre les ONG aux E-U et en Europe ?

1990-1993

Student, INA PG, Spécialité Economie & Gestion d’Entreprise

 

1995-1996

Analyste financier, Crédit Lyonnais

 

1996-1998

MBA, MIT, Sloan School of Management

 

1998-2000

Consultant, McKinsey & Company

 

2000-2003

VP Finance, InfoLenz

 

2003-2009

Director Financial Services, MSH (Management Sciences for Health)

 

2009-Aujourd’hui

Deputy CFO/Acting CFO, MSH

Tu choisis la spécialité EGE à l’agro, que peux-tu nous en dire et où as-tu fait ton stage de fin d’étude ?

 

J’ai fait la spécialité Economie et Gestion d’Entreprise à l’agro, j’ai vraiment adoré ! J’ai d’excellents souvenirs de Jacques Nefussi, c’est lui qui m’avait donné envie de faire cette spécialité. J’ai un peu regretté cependant que cette specialisation est très généraliste. 

Je n’ai jamais fait d’agro dans ma vie professionnelle. J’ai fait mon stage de fin d’étude au Crédit Lyonnais en marketing d’entreprise où je m’étais bien entendu avec l’équipe. C’est d’ailleurs cette bonne entente qui m’a permis de rejoindre l’équipe à New-York en finance directement après le stage.

 

Pourquoi as-tu choisi de faire de la finance au lieu de faire du marketing au Crédit Lyonnais à New-York ?

 

Le Credit Lyonnais ne m’en a pas laissé le choix ; j’ai été affectée à un poste en finance pure. J’ai eu l’opportunité de travailler avec le PDG de la filiale américaine donc j’ai sauté sur l’occasion. C’était un ancien polytechnicien.  Je me suis bien entendu avec lui.

 

Tu n’avais jamais eu d’expérience professionnelle en finance avant d’obtenir ce poste, cela n’a pas été un problème ?

 

Non pas du tout, ça n’a jamais été un problème au long de ma carrière. Je pense que si on arrive en étant jeune et qu’on a des métiers peu spécialisés, on peut apprendre. C’est quand on arrive à des postes plus spécialisés que ça devient difficile. Par exemple, avec mon poste actuel j’ai sous ma responsabilité l’équipe de comptabilité et je souffre un peu plus de ne pas avoir un passé financier pur et dur.

 

Est ce que ton passé agro a été un avantage dans tes différents postes ?

 

Ça l’a été dans des domaines inattendus comme les statistiques, je les ai beaucoup utilisé au début de ma carrière. Ce qui m’a également beaucoup aidé aussi c’est le fait de savoir écrire et de faire des présentations, choses qu’on apprend très bien à l’agro. L’état d’esprit ingénieur fait que j’ai aussi réussi à facilement comprendre le monde des systèmes informatique et ça m’est très utile dans mon travail. Etant ingénieur, j’ai un esprit plus rigoureux et plus tourné système. J’ai clairement une nette facilité pour apprendre des nouveaux systèmes et des spreadsheet. Je ne sais pas si je le dois à l’agro ou parce que l’état d’esprit ingénieur fait que j’aime ça, probablement un peu les deux.

 

Après 2 ans au Crédit Lyonnais à New-York, tu reviens à Paris, toujours au Crédit Lyonnais, quels sont alors ton poste et tes missions ?

 

En 95, je suis revenue à Paris et j’ai fait 1 an en gestion d’actifs. Globalement, quand on fait de la gestion d’actifs, on fait soit de la gestion de produits financiers soit on investit dans des marchés financiers, j’étais en charge de cette 2ème partie même si la plupart des ingénieurs sont dans la partie produits financiers.

 

Lorsque j’étais à Paris, j’ai appris que j’étais acceptée dans le MBA auquel j’avais postulé au MIT, donc je suis revenue aux Etats-Unis.

 

Est ce que ton MBA a été financé par le Crédit Lyonnais ?

 

Non, j’ai dû le financer moi-même. J’ai pu obtenir une bourse qui m’a permis de financer le 1er semestre. Ensuite, j’ai eu la chance de pouvoir être enseignante assistante en statistiques. J’ai donc payé ma 2ème année en donnant ces cours à des étudiants du MIT. J’ai réussi à sortir sans dettes du MBA.

 

En quoi ton MBA a été un tremplin pour la suite de ta carrière ?

 

A la sortie de mon MBA, j’ai été recrutée par McKinsey en tant que consultante. J’ai commencé par faire mon stage d’été entre les deux ans du MBA à Paris chez eux, puis j’ai été employé à Boston. J’y suis restée 2 ans.

Le MBA donne une excellente carte de visite pour tous les jobs en gestion et stratégie, et le réseau du MIT est très puissant. 

 

Tu décides, à ce moment de ta carrière, de te lancer dans une expérience startup, peux-tu nous raconter ?

 

A ce moment là c’était l ‘explosion d’internet et j’ai décidé de quitter McKinsey pour rejoindre une start-up. Ça a été le gros flop de ma carrière. J’y suis restée 3 ans, on avait réussi à lever des fonds mais finalement on a tous perdu pas mal d’argent. J’étais la seule business development, je m’occupais de tous les aspects administratifs, levée de fonds, RH.

 

Cette startup faisait de l’analyse de données, montée par des personnes du MIT. On pensait avoir trouvé un moyen spécifique pour optimiser l’analyse de données mais on n’a jamais réussi à convaincre nos investisseurs et nos clients.

 

Comment as-tu vécu ton expérience en startup ?

 

Je n’ai pas aimé travaillé dans une startup parce que je suis quelqu’un qui m’investit beaucoup dans mon travail et lorsque je travaillais en startup, je n’avais pas de vie. C’était assez frustrant, il y a avait souvent des conflits. En start-up, il faut aimer construire, il faut s’investir à 200 %, il ne faut pas avoir peur des conflits, les 4 fondateurs ne se sont pas très bien entendus. Tout est multiplié en startup, il ne faut pas avoir peur.

 

En 2003, je suis arrivée à MSH en tant que responsable du budget. J’avais rencontré le fondateur de MSH via une connexion du MIT. A l’époque, l’ONG faisait 90 millions de dollars environ. L’entreprise était moins grande et beaucoup moins complexe qu’aujourd’hui.

 

Quel est le cœur d’action de MSH ?

 

Notre objectif est d’implémenter des projets de santé publique et de développer des organisations locales dans les pays en voie de développement essentiellement en Afrique et en Asie du Sud-Est. Ça peut être améliorer la gouvernance, aider les organisations locales à s’organiser pour promouvoir la prévention, promulguer des soins aux communautés, organiser les systèmes logistiques de distribution de médicaments. Concrètement, quand il y a eu l’épidémie Ebola, ça a laissé 3 pays africains avec un vide de personnel soignant : beaucoup avaient immigré et d’autres avaient succombés à la maladie. C’était dramatique. Dans ce cas là, MSH a aidé les hôpitaux à s’organiser, à former du personnel médical soignant, à améliorer leur système d’acheminement en médicaments. Ce sont des projets à long terme, de la reconstruction de système médical, on ne fait pas du tout dans l’urgence. Après les attaques américaines en Afghanistan contre les Talibans en 2001-2002, on a aidé à la reconstruction des hôpitaux détruits et du système de santé. On apprend également aux personnes les règles d’hygiène de base comme aux enfants à se laver les mains, aux femmes à accoucher, l’utilisation de la pilule. Ce sont vraiment des choses simples.

 

D’où proviennent vos financements ?

 

L’argent dont on dispose provient essentiellement de USAID, l’Agence de l’aide au développement international du gouvernement fédéral américain. USAID est l’équivalent de l’AFD en France. On dit souvent que les fonds alloués à USAID permettent contrebalancer les fonds nécessaire à la défense, car l’aide au développement aide à la prévention des conflits et la radicalisation des gens.

 

Quels ont été tes différents postes chez MSH et tes projets ?  

 

Quand je suis arrivée chez MSH au budget je faisais essentiellement du monitoring financier, toute entreprise a besoin de faire du reporting à son comité de gestion et d’administration pour éclaircir quel est l’argent dépensé, à qui il a été donné… C’est beaucoup de spreadsheet. Ensuite, j’ai été responsable d’une petite filiale au Malawi. Le but était de voir si MSH aurait du succès à se développer en dehors du gouvernement américain. En effet 95% de nos fonds viennent du gouvernement américain, et il est très risqué de dépendre d’un seul client. On s’est donc demandé si on réussirait à lever d’autres fonds de pays plus riches en Afrique pour éviter de dépendre uniquement du gouvernement américain comme le Gabon, les pays du golfe par exemple. Cette filiale a récupéré pas mal d’argent de l’UNICEF, de l’OMS, de la fondation Gates entre autres. Ça s’était bien passé mais ça n’a duré que 3 ans. C’est difficile de concurrencer les fonds du Congrès Américain !

 

En 2009, j’ai été responsable de mettre en place un nouveau système financier et comptable international. C’était à mi-chemin entre les IT et la finance, ma formation agro a fait une grosse différence. Ça m’a énormément aidé car je gérais à la fois les équipes de IT et de finance, c’était sympa. En revanche je n’avais aucune expérience d’implémentation de projet ; on apprend en faisant des erreurs ! A l’issue de ce projet, la Directrice financière est tombée malade et j’ai été nommée directrice financière par intérim pendant 2 ans. Je dois avouer que ça a été une expérience à la fois fascinante et très dure. Mon métier s’est complètement transformé du jour au lendemain ; il était devenu purement un métier de gestion. Je ne faisais plus du tout de finance. C’est un mélange de relationnel, de communication et de stratégie.

 

Quel est ton poste actuel au sein de MSH ?

 

Aujourd’hui, je gère la finance et la comptabilité non seulement aux USA mais aussi dans nos bureaux internationaux.  Mon job est essentiellement de la gestion de personnel.  Ma mission actuelle reste assez corporate, je travaille beaucoup avec des auditeurs ; mais la vraie complexité réside dans l’aspect international. Je pense que c’est une généralité de toutes les personnes qui avancent dans leur carrière : plus on avance et plus on fait de gestion. Je trouve que l’agro, il y a 30 ans, ne m’a pas très bien préparée à ça. Les connexions et les classes du MIT m’aident plus de celles de l’agro.

 

Est ce que c’était important pour toi de travailler dans une ONG ?

 

Quand j’ai rencontré le fondateur de MSH et qu’il m’a expliqué le genre de missions qu’ils menaient, ça a vraiment fait sens pour moi. C’est triste de voir que les pays développés dépensent tant d’argent en système de santé alors que dans les pays en voie de développement il y a tellement d’enfants qui meurent pour des raisons inutiles. Un grand nombre de morts pourrait être évité avec peu de moyens supplémentaires. MSH est partie sur cette idée que les systèmes locaux doivent être capables de prendre en main leur propre système de santé.

 

Quelles sont les différences entre les ONG aux Etats-Unis et en Europe ?

 

Le monde des ONG en Europe est très différent du monde des ONG ici. Aux E-U, en l’espace de 15 ans, les ONG internationales sont devenues décentralisées. Au début des années 2000, à MSH, nous étions 400 employés aux E-U sur 500 employés au total. Aujourd’hui c’est l’inverse, nous sommes 250 employés aux E-U et plus de 2000 à travers le monde.

 

Les ONG européennes sont globalement mal financées, les donneurs européens ne financent pas le overhead et la structure de coût d’une société normale. Du coup, beaucoup de personnel sont des volontaires ou employés peu payés.

 

Quel va être ton nouveau poste dans ta nouvelle boîte ?

 

Je vais dans une boîte purement américaine qui fait de l’assurance. Je vais être directrice financière d’une de leur filiale qui vend de l’assurance en ligne. Ça n’a rien à voir avec ma précédente compagnie. J’ai rencontré et travaillé avec son fondateur il y a 5-6 ans car il était le directeur du conseil d’administration de MSH.

 

Comment est la vie à Boston ?

 

Boston est une super ville ! C’est une ville d’étudiants et d’académiques qui a un niveau d’éducation exceptionnel. il y a fait bon vivre.  Le côté négatif est que c’est une ville très compétitive, la recherche de l’excellence est assez unique.

Finance – MSH – Management – Boston – USA

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