Pierre Rouvière, Technical Leader, DuPont de Nemours

Il vaut mieux que le sujet du post doc soit assez différent de celui de la thèse car cela permet de découvrir des techniques scientifiques différentes. Chez DuPont, c'est un argument pour le recrutement de chercheur.

Quelles sont les possibilités de carrière chez DuPont ? Une carrière en biochimie et microbiologie ?

Une expérience aux E-U dès le stage de fin d’études ?

1979-1982

Student, INA-PG,  Biochemistry

 

1982-1989

PhD, Microbiobiology, University of Illinois

 

1991-1995

Post-Doc,  Microbial Genetics, University of California

 

1995-2000

Research Microbiologist, DuPont

 

2000-2005

Team Leader, DuPont

 

2005-2015

Research Manager, DuPont

 

2015-Aujourd’hui

Research Fellow - Technical Leader Biotechnology, DuPont

Quel a été ton parcours à l’agro ?

 

J’ai fait la spécialité Biochimie. Après avoir été diplômé, j’ai effectué un stage de fin d’études d’un an et demi en recherche en Biochimie et Microbologie aux Etats-Unis.  J’ai pu bénéficier de la bourse Lavoisier et une fois sur place, j’ai sollicité le support financier de Rhône-Poulenc ce qui m’a permit de rester pour une periode de 2 ans et demi

 

J’ai décidé de rester dans le ce laboratoire pour y finir une thèse sur la biochimie de la méthanogenèse. Au total, je suis resté dans ce laboratoire pendant 6 ans, la durée normale d’un PhD en Microbiologie.  C’est aux US que j’ai developpé la passion de la recherche.

 

Après ton Ph.D. aux Etats-Unis, tu reviens en France, comment cela se passe t-il ?

 

Une fois revenu en France, j’ai eu un poste au CEA à Grenoble. Le retour en France a été très difficile pour ma femme et moi. Je venais d’un excellent laboratoire où j’avais une liberté totale et je suis arrivés dans des structures de mandarinat avec beaucoup de politique. Les cultures dans les universités françaises et américaines sont très différentes. Je suis resté un an et demi à Grenoble puis je suis revenu aux E-U pour y effectuer postdoc.

 

Pourquoi était-ce important pour toi d’effectuer un postdoc ?

 

Le postdoc était essentiel car mon objectif était de rentrer dans la filière académique et de devenir professeur. Il est essentiel que le sujet et l’expertise du post doc soient différents de ceux de la thèse. Par exemple, chez DuPont en recherche fondamentale, nous n’embauchont des chercheurs avec des  sujets différents de Ph.D. et postdoc et des techniques différentes pour prouver qu’il puissent être productifs au niveau scientifique.

 

J’ai donc commencé mon postdoc à l’Université du Wisconsin-Madison mais peu après, le laboratoire a déménagé à l’université de Californie de San Francisco. J’ai fait mon postdoc en biologie moléculaire sur les régulation moléculaires des bactéries en réponse à des stresses physiologiques. Cela a été un peu comme un nouveau doctorat au niveau des techniques employées. Après 5 ans, j’ai cherché un poste de professeur. J’ai eu plusieurs offres de professeur ainsi qu’une offre de poste au centre de recherche fondamentale de DuPont, leader de la chimie avec un grand intérêt pour la biologie depuis les années soixantes. Le campus est situé à Wilmington au sud de Philadelphie et ressemblait beaucoup à un environnement académique. A cette époque, aux E-U, il y avait d’autres équivalents de ce type de campus : Bel Labs dans le New Jersey, 3M à Minneapolis, General Electric, Xerox Park à Palo Alto. C’était des grands sites industriels qui ressemblaient à des campus. On avait une liberté totale et à l’époque, les salaires y étaient plus élevés que ceux de la recherche universitaire.

 

Quelle est la particularité de DuPont ?

 

Aujourd’hui, ça fait 22 ans que je travaille au Centre de Recherche de DuPont. Quand je suis arrivé, la mesure de productivité était le nombre de publications scientifiques et de brevets. DuPont est une entreprise assez intéressante. Le campus de Wilmington était un modèle d’innovation, là où ont été inventés la Cellophane, le Nylon, le Mylar, le Téflon et le Kevlar et même la chimie utilisée pour séquencer l’ADN. C’est une entreprise fondée par un français, Iréné DuPont de Nemours, qui en 1802, s’est installé aux Etats-Unis.  Il savait comment fabriquer de la poudre à canon, ayant été un élève de Lavoisier. DuPont a fait fortune avec la poudre, puis ils sont passés de la poudre aux explosifs (nitrocellulose et dynamite), puis aux laques et vernis et enfin aux polymères. Au XXe siècle, ils ont toujours eu un intérêt pour la biologie et les enzymes.

Quand je suis arrivé, il y avait encore cette dominance scientifique et un’intérêt général pour la biotechnologie. DuPont a développé un pôle sur la génétique des plantes qui a été intégré à Pioneer par la suite. DuPont est un leader deans le domaine de la Biotechnology (enzymes industrielles, «small molecules» produites par génie génétique, biocarburants, et est aussi maintenant présent dans le domaine de la ingrédients alimentaires et le domaine des probiotiques (leader mondial). DuPont a une couverture très large de la biotechnologie non pharmaceutique.

 

Chez DuPont, il y a eu une longue tradition de la valeur de la recherche. C’est presque culturel dans le sens où le fondateur était lui-même un scientifique. Il est toute fois nécessaire de trouver un bon équilibre entre le business et la technologie. Les personnes du business sont bien formées sur les aspects technologiques mais ils leur manquent souvent un «traducteur», et de la même manière, les scientifiques doivent comprendre les buts et strategies du Business. Trouver cette interface entre les deux cultures est parfois un «challenge».

 

Quelle était la stratégie de recherche de DuPont ?

 

Il faut savoir que le centre de recherche de DuPont est très fondamental. Leur philosophie à l’époque était d’avoir plusieurs centaines de PhDs libres de faire ce qu’ils voulaient. DuPont partait du principe que l’un d’eux ferait une invention qui génèrerait d’immenses revenus et couvrirait le reste de la recherche pour une décennie. Ce modèle qui a fonctionné des années 30 aux années 80, n’est désomais plus être compétitif quand une grande partie de l’innovation se fait maintenant dans des start-ups issues de mileux académiques.

 

Quelle a été ton évolution au sein de DuPont ?

 

Au début, la recherche était très libre donc on faisait un peu ce qu’on voulait, puis la ligne de conduite a changé. Ça a été une évolution progressive sur une dizaine d’année et ça m’a permis d’évoluer parallelement. J’ai toujours réussi à faire ce que je voulais chez DuPont ce qui n’était pas le cas de tout le monde. J’ai commencé en tant que chercheur indépendant avec un ou deux techniciens puis je suis devenu project leader puis science manager (directeur de recherche) avec un équipe d’une quarantaine de chercheurs. Aujourd’hui, je me suis recentré sur la recherche stratégique de nouveaux programmes de recherche pour continuer  la croissance de l’entreprise et n’ai plus de responsabilités de recherche directes.

 

Que penses-tu de l’avenir des bio fuels ?

 

Le domaine des bio fuels est assez complexe dans la mesure où il s’est lancé quand le baril de pétrole coûtait 60$, il est monté jusqu’à 120$. Aujourd’hui, il est plutôt à 45$ du fait de l’extraction de gaz de roche au USA qui a fait s’effondrer les prix du pétrole.  Cela représente un challenge qui rend les bio fuels beaucoup moins competitifs.  Alors que de nombreuses entreprises ont quitté le doamine bio fuels, DuPont, avec sa longue tradition scientifique garde le cap et continue sa marche vers la commercialisation d’ethanol cellulosique et de butanol (en partenariat avec BP).

Recherche – DuPont – Philadelphie – USA

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