SANDRA CLERMONTEcologie au sein du service Environment, VINCI Construction

Les écosystèmes qui se développement en ville, s’ils sont fonctionnels, peuvent nous apporter des solutions pour nous adapter aux changements qui vont se produire, notamment avec le changement climatique.

Se spécialiser en écologie ? Un stage à la Réunion en partenariat avec l'IFREMER pour étudier les tortues ? Se focaliser sur l'écologie urbaine chez VINCI construction ? Un outil de prise en compte de la biodiversité lors de la mise en place d'un nouveau projet ? Restaurer les écosystème en ville ou s'adapter ? Un VIE en Allemagne ?

2010 - 2014
Student, AgroParisTech (2010)

Juillet 2011 - Aout 2011

Stage au laboratoire Jodrell , Royal Botanic Gardens, Kew 

Juin 2012 - Septembre 2012

Stage à l'IFREMER et à Kélonia, l'Observatoire des tortues marines , IFREMER 

Février 2013 - Aout 2013

Serveuse à Hambourg , Café May 

Mars 2014 - Aout 2014

Stage de fin d'études , VINCI Construction France 

Octobre 2014 - Aujourd'hui

Ecologue , VINCI Construction France 

Qu’est-ce qui vous a poussé à intégrer une école d’agro ?

 

A l’origine, je voulais devenir vétérinaire mais j’ai rapidement réalisé que l’aspect médical ne m’intéressait pas. J’ai commencé à me renseigner sur les écoles d’agronomie et j’ai contacté un professeur de l’agro, responsable du master Ecologie, Biodiversité, Evolution, échange qui m’a confirmé que le domaine de l’écologie correspondait à mes attentes. L’agro offrait aussi la possibilité de se réorienter facilement, ce qui m’a rassuré à la sortie de la prépa, n’étant pas encore entièrement certaine de mes choix professionnels.

 

Je suis arrivée à Grignon au moment de la fusion des parcours de formation d’AgroParisTech. C’était un réel changement en comparaison à la prépa et dès le début, les cours d’écologie m’ont plu, ce qui m’a conforté dans mon choix.

 

Pour ma deuxième année, j’ai choisi des cours en lien avec l’environnement : l’hydrologie, la biodiversité etc. j’ai beaucoup aimé, nous faisions beaucoup de terrain et de projets un groupe. Je trouvais le travail d’équipe très stimulant et enrichissant : pour moi, cela fait avancer la réflexion dans le bon sens et les résultats obtenus sont souvent plus intéressants et solides.

 

 

Qu'est-ce qui vous plait dans l’écologie ?

 

J’ai toujours aimé être en contact avec la nature ! Je trouve cela fascinant d’observer et d’essayer de comprendre les interactions existantes et leurs impacts. Aujourd’hui je me concentre sur l’écologie urbaine : comment l’homme interagit-il avec les écosystèmes en ville ? Petit à petit, je commence à comprendre que ces interactions font aussi intervenir des notions de sociologie, d’économie et même de philosophie. La pluridisciplinarité de ce domaine est vraiment intéressante !

 

 

Si vous pouviez nous parler d’une expérience marquante à l’agro ?

 

Une association à laquelle je participais : nous donnions des cours de français à des afghans. Ils avaient entre 30 et 40 ans et leur joie de vivre m’a impressionné ! Ils avaient traversé énormément d’épreuves et avaient vraiment envie de se battre ! Le choc des cultures était indéniable, j’ai énormément apprécié cette expérience.

 

 

Le virus de voyage vous pousse à partir en Erasmus, qu’en retenez-vous ?

 

J’ai toujours eu le virus du voyage et je pense que cela vient de mon père, qui était professeur d’histoire américaine. Jeune, je voyageais beaucoup avec mes parents et j’ai vécu quelques temps aux Etats-Unis.

 

Pour mon Erasmus, je suis partie en Norvège, à Aas. Le campus était magnifique, de très vieilles bâtisses et des locaux très modernes.  Il y avait peu de cours, beaucoup de travail personnel, c’était très différent de l’agro. Par exemple, pour un des cours, nous devions rédiger un papier sur le modèle des articles scientifiques. Nous étions complétement libres, nous choisissions notre problématique puis nous en discutions. J’ai étudié la gestion de la biodiversité dans un parc national à Madagascar, une gestion qui prenait en compte les populations locales, très pauvres, et leurs besoins (notamment la chasse pour s’alimenter). Je me souviens en particulier d’une phrase d’un de mes professeurs : « les mesures de conservation de la faune et de la flore ne fonctionnent pas si on omet les populations locales ».

 

J’en ai aussi profité pour voyager notamment aux iles Lofoten, au-dessus de l’arc polaire ! Une superbe expérience.

 

 

Une envie de voyager toujours très présente, vous partez étudier les tortues à la réunion durant un de vos stages ?

 

Après l’ERASMUS, je voulais continuer de voyager, et j’ai eu l’opportunité de réaliser mon stage de deuxième année à la Réunion. C’était la meilleure expérience de ma formation ! C’était un stage en partenariat avec l’IFREMER et le sujet portait sur l’impact d’une technique de pêche (la pêche à la senne) sur les tortues marines dans les océans indien et atlantique. Je n’y connaissais rien aux tortues ni à la pêche mais j’avais un maître de stage génial qui m’aidait beaucoup dans mon apprentissage et dans l’analyse des données.

 

La conclusion ? La pêche à la senne a peu d’impacts négatifs sur les tortues marines en comparaison des autres techniques de pêche. En cours de route, j’ai décidé de prendre un congé (et de ne pas enchainer avec ma troisième année tout de suite) et j’ai prolongé mon stage d’un mois. Mon maître de stage a beaucoup mis en valeur mon travail, notamment lors d’une réunion d’un groupe de travail de la Commission des Thons de l’Océan Indien (CTOI), à laquelle nous avons participé en Afrique du Sud. J’ai présenté les résultats de mon étude devant tous les experts, je n’ai jamais autant stressé de ma vie (rire). C’était vraiment une expérience complètement nouvelle et très valorisante. Et les tortues sont des animaux fascinants. Un souhait fort qui en découle : assister à une émergence de tortues marines !

 

 

Que pensez-vous du monde de la recherche, qu’est-ce que vos expériences vous ont appris ?

 

La plupart du temps, quand on réalise un stage dans la recherche, le temps passe trop vite et on n’a pas le temps de voir les aboutissements de son travail. Par exemple, à la fin de ma première année, j’avais fait un stage volontaire dans un laboratoire de conservation botanique à Londres, et je n’avais pas vraiment compris la finalité de mes expériences.

 

C’est à la Réunion que j’ai compris l’importance de la recherche, qui peut parfois paraître un peu déconnectée du reste mais qui apporte des milliers de conclusions tous les ans. La recherche s’alimente elle-même pour pouvoir avancer, il ne faut jamais sous-estimer les travaux qui sont faits même si pour le coup on se demande parfois le but. C’est important de l’avoir à l’esprit ! Je pense tout de même que, dans le monde de l’entreprise, nous manquons de ponts avec la recherche pour vraiment exploiter les résultats qui en sortent.

 

Quel est votre ressentis sur votre dernière année à l’agro ?

 

Après mon congé, je suis revenue à Paris pour mon master 2. Les notions qu’on abordait m’intéressaient beaucoup mais j’ai trouvé que six mois c’était assez court pour pouvoir approfondir les choses. Je me suis rendue compte que j’aurais dû plus m’investir dans des associations extérieures parce qu’en tant qu’étudiant, on a le temps et on peut faire tellement de choses. On peut s’amuser, apprendre beaucoup, rencontrer des gens : il faut vraiment le faire même si ça demande un peu d’investissement, c’est tout bénéfique.

 

Il a des cours qui m’ont marquée même si je ne m’en suis pas rendue compte sur le coup. Je me rappelle que j’étais un peu frustrée de ne pas apprendre un métier mais finalement c’est toute la richesse de notre formation !

 

 

Un stage de fin d’étude en écologie urbaine ? Racontez-nous !

 

Au cours de mon congé, j’étais partie en France pour travailler en tant qu’hôtesse dans un salon puis dans un café. C’est à ce moment que j’ai rencontré mon petit ami. J’ai donc voulu chercher mon stage de fin d’étude là-bas mais j’ai finalement trouvé une opportunité chez VINCI construction France en région parisienne. Je me souviens d’une présentation de Marc Barra, ancien de mon master qui travaillait chez Natureparif et qui nous avait parlé d’écologie urbaine dans le domaine de la construction : c’était passionnant !

 

Mon stage a vu le jour dans le cadre d’un mécénat scientifique : VINCI finance les travaux de recherche menés en partenariat avec trois écoles du réseau ParisTech dont AgroParisTech. La Chaire s’appelle « Ecoconception des ensembles bâtis et des infrastructures » et l’agro est en charge des questions qui touchent à la biodiversité. L’objectif de mon stage était de récupérer les résultats d’une thèse qui avait abouti au développement d’un outil permettant d’évaluer la prise en compte de la biodiversité lors de la mise en place d’un projet d’aménagement urbain. Je devais rendre cet outil opérationnel pour l’entreprise. C’était un énorme challenge car la biodiversité est une notion très difficile à définir avec beaucoup de critères qu’on ne peut pas forcément résumer par des indicateurs.

 

J’ai eu beaucoup de périodes de doute mais mon maître de stage était très présent et l’équipe sur place était géniale : c’était très motivant de voir que les gens dont le cœur de métier est très différent du mien s’intéressent à la biodiversité !

 

 

Pouvez-vous nous parler plus précisément de cet outil de prise en compte de la biodiversité lors de la mise en place d’un projet que vous étudiiez lors de votre stage de fin d’étude ?

 

Cet outil offre une mesure du potentiel biodiversité d’un site et repose sur 5 indicateurs biodiversité. Il permet d’évaluer le potentiel d’un site initial et de le comparer ensuite à la situation projetée, une fois le site construit. L’intérêt d'un tel outil est surtout de créer un langage commun sur un sujet qui n’est pas forcément pris en compte d’habitude, surtout en ville où il y a peu de contraintes réglementaires. Je ne compte plus le nombre de fois où on me demande ce qu’est la biodiversité (rire). Cela nous permet de dialoguer avec les paysagistes et les architectes, qui sont responsables de la conception : on ne peut pas remettre en cause le métier même de construire, il faut trouver des compromis ! C’est d’ailleurs une des choses qu’on apprend à l’agro grâce à la pluridisciplinarité de notre formation : être ouvert d’esprit et donc préparé au compromis.

 

Grâce à cet outil, nous avons créé une nouvelle approche pour pousser à construire autrement et qui est plus facile à expliquer : une approche par habitat et non espèce centrée. Cette vision est plus globale et parle plus aux gens. Par exemple, une de mes collègues a compris qu’il fallait avoir une approche globale, commencer par un diagnostic du site avant de prendre des décisions. C’est très positif car cela signifie qu’elle acquiert des automatismes pour concevoir autrement !

 

Un autre angle d’attaque intéressant est celui de l’usager du futur bâtiment. La demande pour plus de nature en ville est de plus en plus forte.  La nature a un impact aujourd’hui reconnu (même si c’est difficile à quantifier) sur le bien-être et l’efficacité au travail !

 

En tant qu’entreprise de construction, il existe deux situations : soit nous avons une commande où tout est déjà défini par un architecte, on ne peut alors qu’agir sur la préservation de la biodiversité en phase chantier, soit nous avons la main sur la conception et là on peut faire beaucoup plus !

 

 

Quel est le but d’un diagnostic de site ? Restaurer les écosystèmes en ville, ou s’adapter ?

 

Je pense que nous ne pouvons pas parler de restauration de la nature en ville, car nous n’avons pas d’état de référence où la nature était déjà présente en ville. Je parle plutôt d’introduction de la nature en ville.

 

Mais quelle nature souhaitons-nous développer en ville ? Le plus important est de faire comprendre la notion d’interaction, à la base même du fonctionnement des écosystèmes. Les écosystèmes qui se développement en ville, s’ils sont fonctionnels, peuvent nous apporter des solutions pour nous adapter aux changements qui vont se produire, notamment avec le changement climatique.

 

 

Un VIE en Allemagne chez VINCI ?

Au bout de trois mois, j'avais vraiment envie de partir en Allemagne pour des raisons personnelles. Mais, un projet s’était lancé à Paris, en discutant avec mes supérieurs, nous avons trouvé un compromis : un VIE. En Allemagne, j’ai une mission de veille, je rencontre des acteurs, je visite des projets et j’en tire des bonnes pratiques pour alimenter l’innovation chez VINCI. Je suis encore très présente sur la partie française et j’accompagne régulièrement les projets français.

 

L’écologie urbaine est vraiment un domaine passionnant, très dynamique. En ville il y a plein de contraintes économiques, sociales et donc forcément il y a plein d’acteurs. Il faut travailler avec tout le monde ce qui rend le sujet plus compliqué mais plus challengeant, il y a toujours quelque chose à apprendre !

 

 

Qu’envisagez-vous pour la suite ?

J’ai envie d’aller dans le sud de l’Allemagne, Hambourg est vraiment trop gris pour moi (rire) ! Par exemple, j’ai adoré Freiburg, je suis tombée amoureuse de cette ville ! Je préfère les plus petites villes, avec une réflexion locale ce qui permet de bien connaître son territoire, les gens. Et puis, je n’ai jamais vu autant de nature dans la ville que là-bas ! je trouve qu’il a plus de diversité quand les gens gèrent eux-mêmes les espaces naturels dans la ville car il y a une diversité de gestion et donc de milieux et d’espèces.

 

L’Allemagne est un état fédéral donc l’environnement est géré par état, il peut y avoir de grandes différences au sein même du pays ! L’aménagement des villes est aussi très différent de la France : elles sont plus étalées donc il y a plus de place pour la nature ! Du coup, ils ont intégré depuis plus longtemps les espaces verts qui sont plus nombreux. Mais en contrepartie, l’étalement urbain est plus important.

 

 

La barrière de la langue est-elle importante ?

 

Même si j’ai vécu deux ans en Allemagne, j’ai sous-estimé la barrière de la langue et les différences culturelles, surtout au début. A tel point que je cherche aujourd’hui à me rapprocher de la France et à m’installer à la frontière... Je sais qu’il existe des partenariats entre les pays et je pourrais peut-être profiter de ma casquette franco-allemande !

 

Finalement, même après tous ces voyages, j’ai réalisé que je préférais vivre en Allemagne ou en France. J’adore voyager, mais la famille et les amis sont importants pour mon équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle et j’ai envie d’entretenir ces éléments et de ne pas trop m’éloigner. C’est une question de priorité et celles-ci peuvent encore évoluer à l’avenir !

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