Sébastien Bouvatier, Conseiller pour les affaires agricoles pour l'Asie du Sud-Est chez Ambassade de France, Singapour

" ..l’exposition à l’international me paraît essentielle. Nous nous rendons compte à quel point nous sommes qu'une petite partie du monde, à quel point les choses changent et bougent extrêmement vite, notamment en Asie du Sud-Est. Nous avons besoin de prendre du recul sur là d’où l’on vient."

Vous souhaitez en savoir plus sur la place de l'état et des fonctions publiques dans le développement agricole ? Vous êtes intéressé par L'ENGREF ? 

Je suis rentré à AgroParisTech en 1998 et après deux années au sein de l’école, j’ai intégré l’ENGREF (École Nationale du Génie Rural des Eaux et des Forêts) en 2000 durant deux ans également.

Comment êtes-vous arrivé à l’Agro ?

Dans tous les parcours il y a forcément une part de contingence, même si l’on peut toujours trouver des nécessités à posteriori. Au lycée, j’aimais bien la biologie et, après le bac, j’ai postulé un peu par hasard pour une classe préparatoire en biologie sans savoir réellement à quoi je pouvais accéder par la suite. Initialement, j’étais plutôt attiré par la gestion forestière et notamment les possibilités de carrières offertes à l’ONF. Mais, plutôt que de me spécialiser trop rapidement dès la sortie des classes préparatoires, j’ai préféré prendre le temps de réfléchir avant de m’engager dans une voie particulière.


J’ai donc choisi de rentrer à l’Agro Paris car c’était un lieu où l’on pouvait aborder des sujets très différents, en butinant à droite à gauche entre modules, stages et projets, nous permettant ainsi de construire progressivement notre réflexion. Dans cette perspective, l’Agro a complètement répondu à mes attentes. Pour autant, après quelques détours, cela ne m’a pas amené à remettre en cause mon projet initial, mais simplement à le tester et le confirmer. J’ai ainsi passé le concours pour rentrer à l’ENGREF en fin de deuxième année d’Agro. Je suis ainsi devenu élève-fonctionnaire, dans l’optique de devenir forestier et j’ai effectivement fait la spécialité ingénierie forestière à Nancy. Pour autant, je n’ai finalement jamais travaillé à l’ONF comme ingénieur forestier !

Quel a alors été votre premier poste ?

J’ai effectué mon premier poste en tant qu’ingénieur forestier mais finalement pas à l’ONF et c’est sûrement pour cela que mon parcours a ensuite progressivement divergé par rapport à mes projets initiaux. J’ai commencé comme chef de service forêt/bois à la direction régionale de l’agriculture et de la forêt d’Auvergne. Ce fut une belle expérience et une découverte du management. Nous étions à un niveau d’organisation, de stratégie et de pilotage de la filière forêt-bois régionale. Il était question à la fois de et de développement économique de la filière forêt-bois à l’échelle régionale également de la représentation de l’Etat dans différentes organisations et associations forestières. Nous avions à la fois des réflexions stratégiques, notamment dans le cadre de l’interprofession régionale, mais aussi des leviers d’action à travers des dispositifs d’aides à l’investissement en forêt et dans les entreprises de mobilisation et de transformation du bois. J’ai bien aimé ce poste car c’était un travail de forestier et j’avais beaucoup d’autonomie et de liberté.


Toutefois, j’avais aussi envie de découvrir d’autres domaines et j’avais déjà envie de partir travailler à l’étranger à l’époque. Je suis donc parti pour le service des relations internationales du ministère de l’agriculture à Paris, ce qui me permettait de faire un pas dans cette direction. J’étais chargé de mission au sein d’un bureau qui s’occupait de la promotion des produits français à l’étranger et je m’occupais de différents dispositifs de soutien des entreprises agroalimentaires à l’export.

On m’a proposé ensuite de devenir responsable d’une équipe, toujours au ministère de l’agriculture à Paris. Je suis ainsi devenu chef de bureau du crédit et de l’assurance qui s’occupait d’outils de gestion des risques et de gestion de crises dans les secteurs agricoles et forestier.

Qu’est-ce que vous a apporté cette expérience ?

Ce qui m’a attiré et plu dans cette expérience, c’est la forte légitimité de l’intervention de l’État dans ce domaine. En effet, même le secteur privé offre des outils permettant de gérer de nombreux risques dans les secteurs agricole et forestier, notamment par le biais de l’assurance, cela ne permet ni de traiter tous les aléas ni de répondre totalement aux catastrophes les plus exceptionnelles. Dans ces situations, l’Etat a véritablement un rôle à jouer. La place de l’État y est donc vraiment entière et même nécessaire pour toutes les situations où le marché n’est pas en mesure de proposer de solutions. Ce sont des situations difficiles de crises, d’événements climatiques exceptionnels (tempêtes, inondations, etc.), avec parfois des conséquences dramatiques. Il y a un besoin d’appui, de solidarité pour traiter à la fois les situations humaines mais également préserver les activités économiques dans les régions affectées par ces évènements défavorables, ce qui était le cœur de nos préoccupations. En pratique, il s’agissait d’une activité assez contraignante d’un point de vue personnel du fait de l’ampleur des situations de crise et de l’urgence des réponses à apporter. Mais, ce fut avant tout une expérience professionnelle très enrichissante qui m’offrit beaucoup de satisfaction du fait de l’utilité incontestable de nos interventions.

À l’issue de cette expérience, j’ai fait savoir que je voulais partir à l’étranger comme conseiller agricole et de préférence en Asie. Je convenais alors plutôt bien au poste qui m’intéressait : il fallait bien connaître le ministère, son fonctionnement, bien connaître les questions internationales, être autonome et dans une relation de confiance avec les équipes parisiennes. C’était donc le bon moment pour moi : je suis arrivé à Singapour fin 2012.  Cela fait plus de cinq ans que j’y suis et je pars cet été.

Pouvez-vous alors nous décrire votre mission actuelle ?

Je suis conseiller agricole au sein du service économique régional de l’Ambassade de France, basée à Singapour. Ce service ne s’occupe donc pas seulement de Singapour mais bien de toute la région Asie du Sud-Est. Je travaille donc pour l’ensemble des ambassades de la région. Notre préoccupation principale est de faciliter et de contribuer au développement des exportations françaises de produits agricoles, alimentaires et forestiers. En pratique, il s’agit de négocier avec les autorités locales des différents pays pour ouvrir les marchés (surtout pour les produits non-transformés où des démarches d’Etat à Etat sont souvent nécessaires avant que nos entreprises exportatrices ne puissent se positionner), obtenir les conditions d’accès au marché les plus faciles pour nos produits (enregistrement, fiscalité, étiquetage, etc.) et éviter les traitements discriminatoires par rapport aux produits domestiques. Sur ces sujets, nous travaillons naturellement en lien étroit avec les filières françaises concernées, notamment celles des vins et spiritueux, des produits laitiers, des produits carnés ou encore des fruits et légumes. Nous partageons également notre connaissance des marchés d’Asie du Sud-Est à travers des publications et présentations à destination des filières et entreprises françaises intéressées par cette partie du monde.

En complément, nous sommes amenés à produire des analyses sur certaines filières locales qui présentent des enjeux en terme de concurrence ou d’approvisionnement pour la France (sucre, caoutchouc, huile de palme, bois…), à la fois sur leurs stratégies économiques mais également les soutiens publiques dont elles bénéficient et l’examen de la durabilité de leurs pratiques. Nous menons également des actions de coopération ciblées, en lien avec nos préoccupations d’accès au marché ou plus généralement dans un objectif de promotion de notre modèle agricole et alimentaire. J’ai ainsi notamment travaillé avec les autorités birmanes pour qu’elles se dotent d’une règlementation sur les appellations d’origine, un projet qui est désormais sur le point de se concrétiser, à travers un projet de loi en cours d’examen par le parlement birman. Enfin, nous organisons ou contribuons à des opérations de promotion des produits français, afin de favoriser une meilleure connaissance de ceux-ci par les consommateurs locaux et développer les ventes en Asie du Sud-Est.


Quelle va donc être la suite pour vous ?

Je rejoins le Ministère de l’Agriculture à Paris ou je serai adjoint à un sous-directeur qui encadre un ensemble de cinq équipes qui travaillent au développement d’une agriculture respectueuse de l’environnement. Cette direction s’appelle «Sous-direction de la performance environnementale et de la valorisation des territoires». Elle s’occupe à la fois des interactions entre agriculture et environnement (changement climatique, biodiversité, eau, sols, etc.) mais également des questions foncières et de l’animation de réseaux pour que les pratiques les plus respectueuses de l’environnement soient le mieux partagées, relayées et appliquées.



Quels sont, pour vous, les enjeux majeurs auxquels vont être confrontés les agros de demain ?

Il y a des luttes majeures à mener sur le changement climatique,  la préservation de la biodiversité et une multitude d’autres enjeux environnementaux. Nous n’aurons jamais trop de monde pour œuvrer sur ces questions. Le monde a besoin de gens bien formés et ayant des idées et des projets à défendre sur ces sujets. Ce sont des engagements et des possibilités de carrières essentiels pour l’avenir de l’humanité. Même si ce n’est pas très original, c’est en premier lieu là-dessus que j’attirerais l’attention de la jeune génération encore en cours de formation..


Par ailleurs, même si je n’ai pas une vue très approfondie sur ces sujets, je suis assez fasciné par les progrès en matière d’intelligence artificielle, de traitement des données ou encore de robotisation réalisés au cours de ces dernières années. Ces outils offrants des potentialités énormes en matière d’évolution voir de révolution des méthodes de production et de transformation, notamment pour répondre aux enjeux de durabilité précédemment mentionnés. Ils présentent également des risques. Si j’étais encore à l’Agro aujourd’hui,  je me plongerais dans l’exploration de ces évolutions technologiques afin de mieux les comprendre et de tâcher d’être acteur des changements qu’ils apporteront dans les secteurs agricole et forestier.


Avez-vous un conseil à donner pour les étudiants ?

Si c’était à refaire, pendant le temps de la formation, j’irais voir davantage de gens déjà en activité pour avoir une vision complète et plus personnelle de la réalité de leur métier. Par ailleurs, l’exposition à l’international me paraît essentielle. A l’étranger, nous nous rendons mieux compte à quel point nous sommes qu’une petite partie du monde, à quel point les choses changent et bougent extrêmement vite, notamment en Asie du Sud-Est ; nous avons besoin de prendre du recul sur là d’où l’on vient. C’est aussi l’occasion de se rendre compte à quel point la construction européenne est précieuse et importante pour notre avenir, car c’est souvent comme composante et représentante de l’Union Européenne que la France est perçue et considérée en Asie du Sud-Est, du fait du poids économique de l’Union Européenne à travers son marché unique, sa capacité collective d’investissement et ses compétences en matière politique commerciale.

Ingénieur - ENGREEF - Ambassade de France - Ministère de l'Agriculture 

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