Slim Kouki, Junior civil engineer in hydraulic modeling and urban hydrology, WSP Global

Dans le monde de la recherche tout le monde se connaît, on se retrouve dans les séminaires, dans les colloques, il y a beaucoup d’échange de résultats. J’aime ce partage, cette solidarité on se sent comme une famille.  

Une thèse après l’ENGREF ? Quelles sont les différences avec la France pour faire un doctorat ? Le monde de la recherche une grande famille ?

2003-2008

Etudiant, ENGREF

 

2008

Engineer in training, Sonede

 

2008-2010

Student, INA-PG

 

2009

Engineer in training, Manager urban Water, Confluences Ingénieurs Conseils

 

2010

Research Engineer - Hydrology : Flood Forecasting Institut EDS, Université Laval

 

2011-2014

Teaching assistant, Université Laval

2011-Aujourd’hui

Research in hydraulic and hydrological modeling, Université Laval

2015-Aujourd'hui

Instructor, Global Innovative Campus

2017-Aujourd'hui

Junior civil engineer in hydraulic modeling and urban hydrology, WSP Global

L’ENGREF représente un rêve pour toi. Qu’est ce que cette formation représente pour toi ?

 

J’ai fini mon diplôme d’ingénieur à l’INAT (Institut National Agronomique de Tunisie) en 2008. J’avais un diplôme d’ingénieur rural, eau et forêt avec une spécialisation en hydraulique et aménagement rural. Je faisais partie des 10 premiers ingénieurs ruraux, à ce titre nous étions choisis pour passer le concours de l’ENGREF et seulement trois d’entre nous étaient sélectionnés chaque année. J’ai réussi les concours, écrit et oral, d’entrée à l’ENGREF et je peux dire que j’ai réalisé une partie de mes objectifs à ce moment-là qu’est d’aller approfondir mes connaissances en gestion de l’eau à l’ENGREF et de faire partie d’une large famille des IGREFs qui travaillent partout dans le monde. Vu que plusieurs de nos professeurs à l’INAT ont déjà fait l’ENGREF, donc à travers leur témoignage sur le cursus de l’ENGREF, ils ont créé chez nous, comme un rêve d’aller étudier à la prestigieuse ENGREF en France qui constitue pour nous comme la locomotive de tous les départements du génie rural dans les pays francophones. Bien que j’aie eu une bourse pour aller étudier en Master au Canada, j’ai décidé de faire tout d’abord l’ENGREF, mais toujours avec un objectif de continuer mon doctorat au Québec (Canada) qui est très connu par ses magnifiques barrages hydroélectriques.

La première année fois que je suis allé en France représentait aussi mon premier voyage hors de la Tunisie. C’était un passage très important de ma vie.

J’ai eu la chance d’avoir une formidable promotion, nous étions 30 civils et 30 fonctionnaires. Il y avait des polytechniciens, des centraliens, des normaliens, des agros et lorsqu’on nous nous retrouvions en travail d’équipe chacun apportait des éléments de sa formation. Notre multidisciplinarité était une grande richesse. Nous sommes devenus pratiquement une famille, jusqu’à maintenant je garde de très bonnes relations avec mes collègues de l’ENGREF.

 

En master 2 tu décides de partir à l’université de Laval dans l’optique de faire un doctorat. Quelles étaient tes motivations pour partir à Québec ?

 

Je suis allé à l’ENGREF pour me spécialiser en gestion de l’eau et je savais que je voulais faire un doctorat. J’ai beaucoup hésité entre faire ma deuxième année à Montpellier en gestion de l’eau et le master en hydrologie/hydrogéologie de Paris 6. J’ai choisi le master de recherche de Paris 6 car il me permettait de me spécialiser en modélisation hydrologique. Les 6 premiers mois j’ai acquis les outils nécessaires en modélisation puis je suis partie à l’université de Laval pour mon projet de recherche. La chaire de recherche en prévisions hydrologiques de l’université de Laval est très connue. Le fondateur de cette chair, M. François Anctil, a été mon directeur de recherche, de maîtrise et de doctorat. Mon sujet de recherche était le calage multi-objectif des modèles de prévisions de crue. Auparavant les hydrologues faisaient uniquement des calages mono-objectifs or puisqu’il y a plusieurs fonctions objectives pourquoi ne pas faire un calage mutli-objectifs et après faire des compromis entre ces calages.

J’ai beaucoup apprécié l’équipe de travail et cela m’a motivé à continuer à faire un doctorat avec lui. Dans le monde de la recherche tout le monde se connaît, on se retrouve dans les séminaires, dans les colloques, il y a beaucoup d’échange de résultats. J’aime ce partage, cette solidarité on se sent comme une famille. 

Tu décides de rester à Québec pour faire une thèse. Quel était ton sujet ? Quelles sont les différences avec le système français quand on souhaite faire un doctorat ?

Mon sujet de doctorat portait sur la quantification de la sensibilité paramétrique des modèles hydrologiques en contexte de changement climatique. Je considère qu’en master M2, j’ai acquis les outils nécessaires en modélisation hydrologique pour faire de la prévision à court et moyen terme et en doctorat j’ai fait de la projection hydrologique, qu’est une prévision hydrologique à long terme en contexte de changement climatique.

Au cours de ma thèse de doctorat, j’ai donné des cours à distance en Alberta en génie hydraulique et génie municipal. J’étais aussi auxiliaire d’enseignement à l’université Laval. J’ai participé à la prestation de 6 cours  pour des étudiants du 1er et 2ème cycle en génie civil et génie des eaux: Systèmes hydrauliques, Eau vives, Laboratoire hydraulique, Résistance des matériaux, Informatique de l’ingénieur et Environnement et Développement Durable.

J’ai passé 4 ans et demi sur ma thèse, je l’ai déposé en mai 2015 puis les membres du jury ont apporté des commentaires. Il m’a fallu du temps pour effectuer les modifications et faire le dépôt final. J’ai validé ma soutenance en mai 2016, il y avait une belle interaction avec le jury, j’ai réussi à répondre à leurs questions et j’ai eu la mention honorable.

Au Québec ce n’est pas comme en France il faut passer un examen oral et des examens écrits pour valider le sujet de doctorat. Il faut produire un rapport d’une cinquantaine de pages qui contient une description du sujet, des objectifs, de la méthodologie et un échéancier. J’ai réussi mon examen et j’ai produit mon rapport final en anglais. L’université Laval est une université francophone mais elle donne la possibilité de rédiger des mémoires de thèse en anglais ou en français. Comme je souhaitais publier en anglais il était logique de le rédiger en anglais.

Aujourd’hui tu travailles en tant qu’ingénieur de projet en modélisation hydraulique et hydrologie urbaine. Pourquoi avoir mis de côté le monde de la recherche ? Quelles sont tes missions ?

Après avoir fini mon doctorat j’avais le choix de continuer en recherche en tant que post doc ou de retourner dans le monde de la pratique. J’ai choisi la deuxième option, je voulais retrouver ma casquette d’ingénieur mais avec les connaissances que j’avais acquis en recherche. J’ai appris au cours de mon parcours en recherche à chercher les innovations et à toujours mettre à jour mes connaissances.

Depuis janvier 2017, j’ai choisi de travailler avec WSP, c’est une grande firme en génie/conseil, dont le siège est à Montréal. Elle compte 38 000 employés dans le monde, nous sommes majoritairement des ingénieurs, géomaticiens, dessinateurs et techniciens.

Je suis ingénieur en modélisation hydraulique et hydrologie urbaine, je travaille sur la gestion des eaux pluviales municipales, ferroviaires, minières, j’utilise beaucoup la modélisation hydraulique et hydrologique. Mes connaissances en hydrologie sont essentielles dans mes projets miniers, je travaille souvent dans des bassins versants naturels. En hydraulique, je travaille dans tout ce qui est municipale, les réseaux d’assainissements, sanitaires… J’ai beaucoup appris dans mon travail sur les PGO les Pratiques de Gestion Optimales, par exemple même à l’échelle des résidences privées il peut y avoir des bassins d’infiltration, nous envoyons les eaux de gouttières dans un puit d'infiltration eau de pluie pour avoir moins de pression sur le réseau d’égouts combinés. En tant qu’ingénieur de projet, j’ai toujours hiérarchisé mes recommandations suite à une analyse multicritère des interventions basée sur la méthode d’Analyse Hiérarchique des Procédés (AHP) qui est un outil d’aide à la décision, qui prend en considération la faisabilité technique, le coût, l’acceptabilité sociale et l’impact environnemental, afin de caractériser les différentes interventions retenues. Cette caractérisation permettra aux décideurs de faire des choix consensuels et optimaux. Ainsi, cette démarche pourrait permettre l’implication citoyenne quant à l’acceptabilité sociale et la mise en place d’infrastructures vertes (Les Pratiques de Gestions Optimales). Tous les projets dans lesquels je travaille concernent ces aspects.

 

Peux-tu nous décrire un projet sur lequel tu travailles en ce moment ?

Je travaille sur un SRB, Service Rapide par Bus. Nous créons 2 voies pour le bus sur une autoroute. Je travaille sur la gestion des eaux pluviale, je fais beaucoup de modélisation hydraulique car on doit quantifier les rejets dans les réseaux de la Ville. Il faut veiller à ce que les exigences soient respectées, Pour respecter il ne faut pas dépasser 35L/sec/Ha. On doit créer un basin de rétention pour laminer la crue ou des bassins souterrains pour soulager le réseau de la ville. Nous élaborons plusieurs scénarios en fonction des coûts.

Est-ce que tu fais partie de l’ordre des ingénieurs ?

Je fais partie de l’ordre des ingénieurs parce que pour travailler en tant qu’ingénieur au Québec il faut être membre de l’ordre. J’ai fait ma demande lorsque j’étais en deuxième année de doctorat. Le fait que je sois ingénieur en Tunisie m’a beaucoup aidé et mes études en cycle ingénieur de l’INAT ont été reconnues. On m’a demandé de passer 4 examens, 1 examen de spécialités et 3 examens de base. Comme j’ai fait un doctorat au Québec en Génie civil, j’ai été exempté de 3 examens de base, je n’ai passé que l’examen de spécialité et c’était en hydrologie et de plus je n’ai travaillé qu’un an au lieu de 3 pour avoir le statut d’ingénieur. Je vais avoir le saut sur ma bague en Juillet 2017 et en attendant je peux signer les plans en tant qu’ingénieur junior mais ils doivent être validés par mon supérieur.

Est-ce que tu as un conseil pour les étudiants ?

Je m’adresse aux jeunes étudiants de l’ENGREF : Si vous aimez relever des défis, avoir un esprit novateur et désirer apprendre et se tenir à jour en gestion de l’eau, la meilleure façon c’est de faire un PhD et de se spécialiser encore plus dans la gestion intégrée et durable des ressources en eau.

 

La plupart des défis de la gestion de l’eau que rencontre notre société ont pour point central quantifier les impacts des changements climatiques et proposer des mesures d’adaptation afin de diminuer ces impacts. Dans cet objectif, mon doctorat à l’Université Laval est l’achèvement d’une réflexion originale et de longue haleine sur la modélisation hydrologique pour la projection hydrologique à long terme dans un contexte de changement climatique.

 

Au travers de cette expérience sous la direction de M. François Anctil à sa chaire de recherche Environnement Développement Société (EDS) en prévision et actions hydrologiques à l’Université Laval j'ai pu faire de la recherche hydrologique appliquée, car toutes nos activités de recherche étaient financées par des partenaires industriels et opérationnels, tels que Hydro-Québec (Le plus gros producteur d’hydroélectricité au monde) et le ministère de l’environnement et la Lutte contre les Changements Climatiques du Québec (MDELCC). Ainsi, ma mission était de répondre à des problématiques que rencontrent les ingénieurs opérationnels dans la prévision et la projection des crues.

 

Par exemple, j’ai collaboré avec le ministère de l’environnement du Québec, en leur fournissant une étude de recherche sur la sensibilité paramétrique des modèles hydrologiques utilisés pour les rivières non influencées par les barrages dans un contexte de changement climatique, comme le cas du bassin versant du Haut-Saint-François (Au Sud de la province du Québec). Cette étude a permis de quantifier l’incertitude liée à l’utilisation des modèles hydrologiques dans la production des indicateurs hydrologiques (les indicateurs d’étiage et de crues), afin de permettre une projection hydrologique plus fiable et plus efficace.

Par conséquent, si vous avez la motivation pour faire de la recherche, sachez que la recherche appliquée dans le domaine de l’eau est devenue une condition sinequanone pour éclaircir zones sombres et répondre aux problématiques rencontrées chez les ingénieurs opérationnels du secteur de l’eau.

Recherche – Hydrologie – Hydraulique – Québec - Université Laval – Conseil 

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