Timothé JANY, Ingénieur Nutrition Animale, Neovia, IND Surabaya

" Il faut juste avoir conscience que ces problématiques sont complexes et qu'on ne peut pas trouver une solution qui ne va rien perturber autour."

Vous vous intéressez aux problématique liées à l’élevage et à la nutrition animale ? Vous êtes intéressés par un VIE après votre diplôme ? Vous vous posez des questions sur les pratiques d'élevage en Indonésie ?

2012 - 2016
Etudiant, AgroParisTech (2012)

Sept 2014 - Fév 2015

Stagiaire, BAIF Research Development Foundation, INDE

Mars 2015 - Sept 2015

Stagiaire de recherche , INRA SADAPT

Mars 2016 - Sept 2016

Stagiaire en analyse de marché - alimentation animale, Cargill

oct 2016 - Aujourd'hui

Ingénieur en nutrition animale , Neovia group, IND Surabaya

Je m’appelle Timothé Jany et j’ai 25 ans, j’habite en Indonésie depuis un an maintenant et c’est mon premier poste.

 

Quel est ton parcours ?

            Je suis rentré à l’agro (Paris) en 2012 après une prépa BCPST. J’ai fait domaine 3 environnement en deuxième année puis j’ai effectué une césure de six mois en Inde puis 6 mois à Paris. En troisième année j’ai fait la spécialisation EDEN, filières animales et j’ai passé mon stage de fin d’études chez Cargill à Nantes en analyse de marché. A présent, mon premier poste est un  poste en VIE en Indonésie. 

 

Qu’est-ce que t’a apporté la formation d’agro dans ce que tu fais actuellement ? 

            Les compétences techniques car je ne suis pas issu d’une famille d’agriculteurs donc ce sont des choses qui m’étaient complètement étrangères à la base. Cette formation technique a été très importante même si elle est un peu restreinte aux yeux de beaucoup d’élèves. La capacité à gérer des projets, à manager également, à tirer ce que l’on peut d’une situation plus ou moins compliquée, essayer d’apporter la meilleure solution possible. (Et faire des power points aussi *rire*.)

 

Ta formation, en plus précis ?

            Mon stage de première année s’est déroulé dans une exploitation de charolais ce qui m’a donné l’envie de travailler dans les productions animales. En deuxième année j’ai essayé le conseil en développement durable dans une entreprise parisienne et c’était intéressant mais sans plus. Je n’étais pas convaincu par la démarche. En césure, j’ai travaillé avec un ami dans une O.N.G. sur des projets d’irrigation agricole dans des régions reculées de l’Inde. On essayait d’apporter des solutions pour optimiser leur nouveau système d’irrigation. Cela permettait de montrer l’adaptabilité de nos solutions, mises au point au laboratoire, sur le terrain pour que ce soit optimisé et utilisé au mieux. Ensuite je suis parti 6 mois à l’INRA de Grignon travailler sur les rotations fourragères dans les systèmes polycultures d’élevages au sein de la plaine de Niort et leur impact sur la qualité de l’eau par rapport à d’autres types de cultures. 

            J’ai fait mon stage de fin d’études chez Cargill en analyse de marche. On cherchait à évaluer l’évolution de la demande en aliment pour les productions animales en Europe. On devait fournir des pistes pour les traders sur l’évolution future des marchés, les tendances. Le bureau d’en face travaillait, lui, sur l’analyse de l’offre pour ainsi avoir une analyse complète du marché. C’était encore une fois un stage très intéressant et très formateur sur le « savoir être » en entreprise et la réactivité qu’il faut savoir avoir pour des métiers aussi compétitifs. Les temps de prise de décision se comptent parfois en minutes. Après cela, je voulais vraiment repartir en Asie du Sud Est. L’Inde m’avait beaucoup plu et je désirais réellement découvrir cette partie là du globe. Le VIE m’a donc semblé parfait pour partir. On m’aurait proposé le Vietnam ou autre, je serais parti aussi ! 

 

Quelle est donc ta mission actuelle ? 

            Je travaille chez Neovia en Indonésie en tant que support technique ruminant. On a deux usines de production d’aliments pour le bétail et la stratégie de Neovia c’est de diversifier l’offre et les produits que l’on cherche à vendre en cas de problèmes sur une espèce ou en cas de législation qui change sur un produit. On cherche à sécuriser. Ils étaient très focalisés sur la volaille jusqu’à il y’a peu de temps, donc ma mission est d’apporter des compétences et des connaissances sur les ruminants afin de pouvoir former des commerciaux pour démarcher des clients et établir une stratégie sur les produits que l’on va chercher à mettre en vente. Les espèces concernées sont les vaches laitières et les races viandes ainsi que les petits ruminants : chèvres et moutons. 

 

Ce que tu fais se situe où par rapport au métier que tu voulais faire quand tu étais petit ? 

            Ça s’est construit au fur et à mesure, je pense que l’élément déclencheur de mon désir de travailler dans les productions animales a vraiment été le stage de première année dans l’exploitation de charolais ! Ça m’a vraiment plu et j’ai compris que les éleveurs n’avaient pas la partie facile tout le temps, loin de là. Ça m’a interpellé et je me suis dit que sans forcément avoir envie de devenir agriculteur tout de suite, le contact avec les animaux était quelque chose de fort et j’avais envie de me prouver que je pouvais apporter quelque chose dans cette filière. Pour moi ce sont des gens incroyables les éleveurs, qui donnent tout et qui sont au travail 24/24h. Ils sont disponibles tout le temps et ça on ne s’en rend pas forcément compte de l’extérieur notamment moi qui n’étais pas vraiment issu du monde rural et qui ne connaissais absolument pas les élevages. J’avais l’idée qu’une vache pâture et que c’était pas plus difficile que ça mais quand on a un bestiau de 600/700 kg, voir plus quand on regarde les taureaux, il faut savoir le gérer et c’est hyper fatigant. 

C’est vraiment quelque chose qui s’est construit sur le tard comme projet c’est aussi pour ça que je n’exclus pas du tout le fait de changer de filière plus tard ou même dans peu de temps si j’ai d’autres opportunités mais cette filière-là me plaît et me parle beaucoup car ce sont des gens valeureux. 

 

Pourquoi l’Asie du Sud-Est ? 

            Parce que c’est une région que je ne connais pas du tout et dans ma formation j’en ai très peu entendu parler. Pour moi l’Asie du Sud-Est c’était des grandes rizières et c’était un vrai cliché. Ça m’embêtait de ne pas avoir plus de connaissances sur une partie du monde qui comprend quand même une grande partie de la population mondiale. En plus, en Indonésie notamment, l’élevage de ruminant est très peu développé, ce n’est pas culturellement quelque chose qu’ils faisaient avant, en tout cas, pas les vaches laitières. La consommation de produits laitiers augmente beaucoup mais reste très faible comparée à d’autres pays. Je voulais pouvoir travailler au contact du terrain sans avoir peur d’être complètement dépassé par des discours techniques que je ne maîtrise pas forcément parce que je ne suis pas issu d’une famille d’éleveurs. Voilà, j’avais un petit peu peur de prendre des décisions sur une situation que je ne maîtrisais pas. Là aujourd’hui je suis capable d’aller voir un éleveur, je n’en connais pas plus que lui sur tous les aspects techniques mais au moins j’ai confiance en ma formation parce que j’ai la sensation que je peux lui apporter quelque chose. En France, j’aurais eu la sensation d’être un peu bloqué parce que c’est un éleveur qui connais déjà tout sur tout, ça fait trente ans qu’il bosse et je vais avoir plus de difficultés à interagir avec lui. Donc je voulais essayer ça, et ça me donne l’occasion de voyager. 

 

Comment les enjeux locaux se retrouvent dans ton travail ? 

            Ici la technicité des élevages ruminants est très faible. On se rend compte que le problème majeur c’est l’approvisionnement dans le fourrage donc c’est un peu compliqué pour nous, en tant qu’entreprise qui vendons de l’aliment complet pour nourrir les vaches, de faire des campagnes pour les pratiques d’élevage qui ont tendance à utiliser moins d’aliments dans leur ration. Notre objectif à nous c’est de faire un aliment de bonne, voire très bonne qualité donc avec un prix légèrement supérieur à celui du marché. La tradition française c’est de produire de la bonne qualité mais ajouter une plus-value à ça et intéresser des éleveurs avec une faible technicité ce n’est pas forcément évident. C’est pour ça qu’on met en place des trainings, des formations pour les éleveurs et pour nos commerciaux afin de les sensibiliser aux bonnes pratiques d’élevages chez les ruminants. Ces bonnes pratiques d’élevage ont pour but de les amener jusqu’à un palier de production où ils peuvent fonctionner sans aliments de très bonne qualité mais une fois qu’on atteint ce palier là, ils ont besoin de notre aliment pour le dépasser. C’est à ce moment-là qu’ils vont devenir vraiment rentables grâce à notre aliment. Ça nous permet de fidéliser les clients et en plus d’avoir une image intéressante parce qu’on forme des éleveurs à des questions qui ne nous intéressent que de manière assez lointaine. On va promouvoir l’utilisation de fourrage dans la ration alors que l’on vend de l’aliment. On va dire si vous voulez arriver à une production de 15L par jour par vache avec la génétique et les conditions que vous avez, il faut fournir tant d’eau, tant de fourrage et tant d’énergie. On va les sensibiliser au fonctionnement d’un rumen, parce qu’ils ne savent pas forcément ce que c’est. Notre objectif c’est de les aider à développer leur business en faisant avec les moyens du bord et c’est pas forcément évident, mais c’est très intéressant. Personnellement, cela me permet de prendre du recul sur la compréhension d’un élevage et d’apprendre comment l’éleveur y voit ses limites, ses freins au développement de nouvelles technologies ou de nouvelles solutions.

 

Pourquoi le VIE après avoir été diplômé ? 

            Le VIE parce qu’il faut le faire au plus, trois ans après le diplôme. Il faut le faire avant d’avoir 28 ans donc ça correspondait. J’envisage aussi de rentrer en France et de faire ma carrière là-bas, mais ça me semblait compliqué de commencer à travailler en France pendant deux ou trois ans et de repartir après ça à l’étranger. Ça permet une période de transition, un break pour plus de sérieux et pour moi c’était prendre des distances avec l’agro parce que j’ai passé quatre années très intensives là-bas, pas forcément que pour le travail. Je voulais partir pour développer mon parcours professionnel et pour prendre des décisions pour la suite en sachant ce qui me plaît le plus, ce qui me plaît le moins, prendre un peu de recul sur ma formation. 

 

Quelles sont les problématiques auxquelles tu as pu être confronté dans ce continent ? Ce pays ? 

            En Indonésie, sur Java, au niveau de la formation agricole ce qui est intéressant c’est que les gens ont moins de compétences techniques que les agriculteurs ou les éleveurs français. Il n’y a pas le même niveau de formation, mais ils sont très pragmatiques et si une méthode marche ils vont l’adopter instantanément. Ils ne vont pas avoir de remords à changer d’un système agricole plus ancien à une méthode plus efficace, plus respectueuse de l’environnement. Le mauvais côté de cet aspect là de leur comportement c’est qu’ils ont tendance à avoir une vue à plus court terme. Quand il y’a de l’argent à faire, ils vont le faire au mépris de ce qui peut advenir plus tard. Aussi, pour moi, ce que je vois en général dans la population c’est qu’il y a un manque de sensibilisation aux problématiques actuelles - notamment pour les déchets - mais on ne les avertit pas non plus des dangers du numérique. Tout le monde est toujours fixé sur son portable, ils ne vivent qu’à travers des applications - pour beaucoup en tout cas - et ce dans toutes les classes sociales. Ça ne concerne pas que les gens très riches comme on pourrait se le représenter en France et cette absence de protection, quelque part de l’État, m’inquiète un petit peu parce que je pense que cela va avoir des conséquences très néfastes sur les interactions sociales ; sur le maintien de ce tissu qui est très très important actuellement. Tout passe par la famille, par les amis proches. Ce sont des gens qui vivent vraiment à travers toutes ces traditions là et on est en train d’introduire à grand coup de marketing, des bouleversements majeurs dont on ne prend pas encore la mesure pour l’instant parce qu’on est en train de faire d’énormes bénéfices dessus, mais ça va être très compliqué à rattraper par la suite. Un enfant ici, dès trois ans, il a un Smartphone dans la main comme en France finalement mais il ne prend pas la mesure du danger que cela peut représenter. Chez nous, les parents ont grandi avec le développement du digital et on se rend compte de la vitesse à laquelle ça va, ici, c’est une découverte quasiment instantanée. Je trouve que ça devient incontrôlable donc c’est mon angoisse actuellement. Il faudrait sensibiliser un peu les gens à être moins dépendant de cette technologie là et puis il y a beaucoup moins de protection ici sur ces questions-là qu’en France. 

 

C’est comment la vie d’expatrié en Indonésie ? 

            Je suis VIE donc je ne suis pas vraiment expatrié, les expats ont quand même la belle vie. Je suis parti tout seul, c’est aussi ce que je voulais parce que j’ai pu rencontrer la communauté française en Indonésie, notamment à Surabaya la ville où j’habite. Quand on a femme et enfants ou mari et enfants c’est beaucoup plus compliqué de visiter, de s’intégrer complètement parce que c’est beaucoup d’efforts à fournir. On est loin d’avoir à se plaindre. Le choc culturel c’est ce que je recherchais et en tant que VIE, il a été assez violent. En Indonésie les gens sont super sympas tout le temps, il y a une vraie bienveillance. Ils sont fiers de leur pays et ils sont fiers aussi quand j’arrive à leur parler dans leur langue : le Bahasa Indonesia. C’est très facile à apprendre et c’était vraiment un bon point. La grosse difficulté c’est que tout le monde est ami, frère, cousin de tout le monde et il est très difficile de développer des amitiés fortes avec des Indonésiens. En France, c’est assez différent. J’espère que j’arriverai à garder les attaches quand même, mais c’est compliqué de savoir sur qui on peut vraiment compter. La population est vraiment fascinée par les « Bule » (blancs) en particulier donc c’est compliqué de se situer par rapport à ça. 

 

A quelles problématiques penses-tu que les ingénieurs vont être confrontés dans le futur proche ? 

            Avec le peu de recul que je peux avoir sur l’évolution des problématiques, les enjeux de la formation AgroParisTech vont être de former les futurs ingénieurs aux problématiques environnementales. On va avoir un énorme besoin de personnes formées et sensibilisées à ces problématiques. Là dedans, on aura également besoin d’ingénieurs qui vont être capable de manipuler les données récoltées grâce au digital, au big data et aux statistiques et être capable de comprendre le discours scientifique. Il faudra surtout savoir s’adapter aux situations car ce qui fait la valeur ajoutée d’un ingénieur AgroParisTech c’est de chercher une solution particulière à un problème donné au lieu de s’en remettre à une solution générale. On arrive à une période où l’on cherche à apporter des solutions très spécialisées, à adapter notre discours à un besoin avec des limites de temps. Être polyvalent apporte une vraie plus-value parce que les problématiques changent tous les jours. Conserver cette capacité à prendre du recul sur les situations et à travailler efficacement avec les ressources dont on dispose. 

 

Un conseil pour les étudiants ? 

            Pour les étudiants, l’école en tant que telle : les trois ou quatre années que vous allez passer à l’agro, ça sert en majeure partie à se faire un réseau, rencontrer des gens et s’ouvrir aux différentes problématiques que l’on va pouvoir rencontrer dans la formation. Avoir une connaissance non pas exhaustive de toutes les problématiques mais juste avoir conscience qu’elles sont complexes et qu’on ne peut pas trouver une solution qui ne va jamais rien perturber autour. C’est très important de prendre ça en compte dans les jugements. La vie associative nous permet de développer des compétences de manière beaucoup plus pragmatique que de réfléchir derrière un classeur. Utilisez la 3A pour vous spécialiser dans ce qui vous intéresse mais sinon profitez pleinement ! 

 

Un conseil pour ceux qui veulent venir travailler en Indonésie ?

            Pour faire un VIE, Civiweb c’est le super site qui recense toutes les offres de VIE. Le plus facile c’est de trouver une entreprise internationale qui va être capable de cerner pour vous les problématiques que vous allez rencontrer et de vous encadrer en ayant conscience que vous n’êtes pas indonésien et donc que vous n’avez pas les mêmes attentes et réactions. Ça peut être un très bon début. Après la langue est très facile à apprendre, en deux/trois ans vous vous sentirez comme chez vous et ensuite vous pourrez envisager de travailler pour une entreprise locale. Ce à quoi il faut faire attention quand on vit en Indonésie, c’est la législation, parce qu’ils sont intransigeants avec les étrangers (et c’est très bien comme ça). C’est compliqué d’obtenir un visa quand on veut travailler sur place, si on veut trop finasser ils n’hésitent pas à nous mettre dehors. Il y’a la menace également pour l’entreprise de ne plus avoir de licence pour vendre son produit sur le territoire indonésien, d’une pénalisation commerciale, et pour nous, c’est la menace d’être interdit de territoire. Il suffit juste de se conformer aux quelques aspects légaux et la vie est vraiment belle ! 

 

Quelques explications sur le statut de VIE ? 

            C’est quelque chose qui intéresse beaucoup de jeunes diplômés en effet ! Le VIE c’est de 6 mois à deux ans en contrat en durée limitée, ça garantit une super sécurité de l’emploi quand même pendant ce temps-là. Ça oblige à un certain projet car on doit justifier vis à vis du gouvernement français le projet de l’entreprise. Cette dernière est également plus prompte à vous employer car ça coûte moins cher qu’un contrat local et ça fournit donc une certaine dose de liberté tout en donnant l’occasion de pleinement découvrir un nouveau pays dans un cadre professionnel rémunéré. L’entreprise va vouloir tirer le meilleur de vous et en échange vous abordez des projets pertinents vis à vis de l’entreprise mais aussi vis à vis des problématiques locales ! 

Un dernier mot ? 

L’Indonésie c’est vraiment top ! C’est facile de rencontrer des français vous ne serez pas complètement perdus, il y’a un million de choses à faire et on peut y passer dix ans sans avoir tout fait !

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