Virginie Blanvillain Rivera, Director Poultry Nutrition and Development, Quebec & Maritimes regions, Nutreco, Montréal

Cette expérience d’entreprenariat m’a permis d’acquérir des compétences qui aujourd’hui font la différence dans mon travail.

Créer et lancer son entreprise ? Le fonctionnement du marché de la volaille au Canada ? La nouvelle tendance du sans antibiotiques ?

2004-2007
Etudiante, AgroParisTech 

2008-2010

PhD en Nutrition Animale, AgroParisTech

 

2006-2007

Research assistant, Techna

 

2008-2010

Research scientist-PhD Student, Techna group

 

2011-2013

Research scientist-industrial post-doctoral fellowship, Nutreco Canada

2012-2014

Owner and general manager, Lunch du jour

2014-2015

Poultry nutritionist, Quebec & Maritimes regions, Nutreco Canada

2016-to date

Director Poultry Nutrition and Development, Quebec & Maritimes regions, Nutreco Canada

A l’agro tu choisis le parcours apprentissage suivi d’un doctorat pour te donner les moyens de t’expatrier à l’international. Peux-tu nous en dire plus sur ces premières années ?

En intégrant l’agro je savais que je voulais faire de l’alimentation animale. Je me suis orientée vers un apprentissage chez Techna. J’ai poursuivi avec une thèse CIFRE sur un projet de nutrition de la dinde en modélisation, chez Techna.

J’ai fait un doctorat pour pouvoir m’intégrer à l’international car j’avais déjà le projet d’immigrer au Canada avec mon mari. J’ai fini ma thèse en 2010 et en 2011, je partais au Québec. J’ai été recrutée par Nutreco, Shur Gain, qui cherchait une expertise en modélisation. Des modèles existaient depuis longtemps dans le laitier et le porc mais pas pour la volaille. J’avais pour mission de développer un modèle de croissance  du poulet de chair, permettant de prédire en fonction du potentiel génétique, les besoins, les performances et un coût d’aliment par kilos de vif, sans trop prendre en compte les paramètres environnementaux.

 

Quelles sont les raisons de ton départ au Québec ?

Je suis de la Mayenne, à 18 ans je suis partie à Nantes pour 2 ans à l’université afin de préparer mes concours agro et veto, c’était déjà le bout du monde pour ma famille ! J’ai le goût de l’aventure et du défi. Puis plus j’ai évolué et plus je me suis éloignée, c’est dans mon tempérament de pousser les limites. Avec mon mari, partir au Canada signifiait avoir une meilleure qualité de vie et avoir la possibilité de réaliser nos projets.

En 2014, tu fais une pause dans ta carrière pour créer ton entreprise avec ton mari. Que proposait Lunch du jour ? Qu’est ce que t’as apporté cette expérience d’entreprenariat ?

Au bout de 2 ans chez  Nutreco Canada, Amérique du Nord, je sentais que j’étais limitée dans les projets que je proposais et j’ai besoin de liberté pour apporter de la valeur à la compagnie. J’étais aussi frustrée de faire de la recherche sans qu’il n’y ait de transfert des innovations…

Avec mon mari nous avions pour projet de livrer des repas tous les jours au bureau. Je proposais des repas gourmands à la française que nous préparions chez un traiteur. C’était un concept d’alimentation saine, avec des emballages réutilisables. Au départ je me dédiais au projet de Lunch du jour après le travail pour préparer le plan d’affaires, puis commencer à cuisiner les repas, faire de la prospection, etc. Puis j’ai démissionné pour me dédier à mon entreprise. Nous vendions 20-30 repas par jour. Afin d’avoir notre propre cuisine, nous avons emprunter aux banques tout en nous portant garants personnellement. Finalement, nous nous sommes plantés, nous avancions plus d’argent que nous n’en gagnions. Après une expérience d’entreprenariat très stimulante, je suis retournée travailler chez Shur Gain peu après. Cette expérience d’entreprenariat m’a permis d’acquérir des compétences qui aujourd’hui font la différence dans mon travail.

Depuis 2014, tu es directrice nutrition et développement en volaille pour l’est du Canada. Quel a été ton parcours chez Nutreco ? Quelles sont tes missions aujourd’hui ?

Après mon expérience en tant qu’entrepreneur chez Lunch du jour, je suis revenue chez Shur Gain. En réintégrant l’entreprise, je suis sortie de la recherche pour être plus impliquée du côté business. Le passage de la recherche au business s’est fait naturellement, j’ai su montrer que je comprenais le fonctionnement de l’entreprise, j’avais aussi envie de valoriser mon expérience de recherche autrement et j’avais les compétences pour comprendre et challenger la science.

 

Je suis en charge de la définition des standard des recommandations nutritionnelles et des gammes de programmes alimentaires pour l’ensemble de l’Est du Canada, pour la volaille de chair, et de ponte commercial et de reproduction. Je me dois aussi de benchmarker les produits qui sont disponibles sur le marché afin de bien orienter les meuneries et les producteurs selon le type de produit. En ce moment par exemple, on travaille sur les moulées sans antibiotique pour répondre à la demande des industries. Dans mon travail, je m’appuie sur la recherche et les innovations des produits au sein de Nutreco, et sur notre expertise en interne. Des nutritionnistes se rapportent à moi, ils me soutiennent grâce aux formulations qu’ils vont faire chez des fabricants, chez des meuniers et chez nous. Je pousse au développement, dans les situations difficiles, je suis présente pour trouver des leviers nutritionnels. Mes clients sont les représentants. Les représentants vont faire les suivis auprès des producteurs de volailles toutes espèces, ou auprès des meuniers. Enfin, je m’assure que nos moulées sont à des prix compétitifs, que nos produits sont les plus appropriés pour répondre à la demande.

Comment fonctionne le marché de la volaille au Canada ?

Le marché de la volaille est régi par des quotas en production de lait, poulet, dindon, poule de reproduction, œufs de consommation et sirop d’érable. Au Canada 75% des exportations sont vers les Etats-Unis, le taux de change varie beaucoup, les quotas on été mis en place entre autres pour protéger le système et éviter d’être à la merci du marché de l’import/export. Ils permettent aussi notamment de garantir un revenu aux producteurs.

Quelles sont les deux grandes tendances sur ce marché ?

La production de chair sans antibiotique/végétal et les poules pondeuses en liberté (en volière) sont les grandes actualités depuis un an.

Il y a une différence entre le contexte européen et nord américain. L’Europe est régie par le lobbying, l’industrie répond à la demande des consommateurs pour lesquels le bien-être des oiseaux est primordial. Le Canada suit beaucoup les Etats-Unis où des géants comme Mac Donald, Subway, KFC, ont annoncé, qu’à partir de 2025, tous les œufs seront issus de poules élevées en liberté et les poulets seront sans antibiotiques.

 

Comment répondre à la demande des poules pondeuses en liberté ?

La santé intestinale, une réponse à la production de chair sans antibiotique ?

 

Le marché de la poule pondeuse est en croissance de 2% ce qui implique que toutes les nouvelles infrastructures sont des volières pour permettre aux poules d’être en liberté.

Pour compenser l’utilisation des antibiotiques on va chercher à augmenter la résistance des oiseaux. Au lieu de traiter par défaut avec des facteurs de croissance, on va stimuler la flore intestinale. Il y a différentes méthodes, il est possible d’acidifier l’eau ce qui permet à l’oiseau de garder un pH acide qui empêche le développement des bactéries pathogènes. Une alimentation fonctionnelle permet une meilleure santé intestinale. L’alimentation fonctionnelle stimule le gésier et la contraction du gésier entraîne des reflux intestinaux qui stimulent le système digestif. Il en résulte une meilleure absorption intestinale donc une meilleure digestibilité et une meilleure absorption, les aliments sont mieux valorisés. C’est l’opportunité de transformer une contrainte réglementaire en une nouvelle vision de la nutrition en interaction avec la santé.

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