Xavier Dumans, Senior Executive, Industrial Machinery and Engineered Capital Equipment, Singapour

" C’est ça être agro, c’est être Français, travailler pour une compagnie américaine, être payé en Belgique, travailler en Chine mais vivre en Mongolie."

Vous souhaitez en savoir plus sur la carrière d'ingénieur commercial à l'international ?  Le développement commercial et les agro-équipements vous intéressent ?

1982 - 1986
AgroParisTech - Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement

Master of Engineering
 

Juin 1986 - Avril 1987
Consultant Food Industry, Chambre de Commerce - Poitiers, France

Mai 1987 - Avril 1990

Industry Accounts Manager, Electricite de France, Gaz de France Reims & Saint Quentin, FRANCE

Mai 1990 - Fev 1997

Export Sales Manager, Barriquand Steriflow Paris, France

Mars 1997 - Juil 1998

Technical Support Manager, FMC Corporation, Madera, CA, USA

Août 1998- Fev 2003

Sales & Marketing Manager, Canning Europe, FMC Technologies - Sint Niklaas, Belgium

2001 - 2003

The University of Chicago Booth School of Business - MBA Finance

Mars 2003 - Août 2005

General Manager Food Processing Systems Europe, JBT Corporation

Sint NIklaas, Belgium
 

Août 2005 - Dec 2012

General Manager Asia Pacific, JBT Corporation Shanghai, CHINA

Oct 2014 - Nov 2016
President Asia Pacific, Habasit, Singapore

2016 - 2016

The University of Chicago Booth School of Business - Global Financial Stability and Instability

Nov 2016 - Aujourd'hui

Managing Partner - Executive Board Member, BM Partners Pte Ltd, Singapore

Nov 2017 - Aujourd'hui

Vice President and General Manager of Industrial Refrigeration Asia Pacific, Johnson Controls, Singapore

Xavier Dumans, ENSIA 1983.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à l’Agro ?

 

Remontons à l’époque de la terminale, j’avais 16 ans et j’ignorais complètement ce que j’allais devenir.  Voyant mes camarades remplir les formulaires d’inscription aux classes préparatoires et suivant les conseils de mes professeurs, je me suis donc inscrit en prépa agro. Trois ans plus tard, avec les résultats des concours, j’ai eu le choix entre Géologie Nancy ou l’ENSIA Massy (aujourd’hui AgroParisTech) : j’ai choisi l’agro-alimentaire.

 

J’avais intégré l’école avec l’idée d’y apprendre un métier. Une note éliminatoire plus tard au cours de la première année, j’ai été ajourné, c’est-à-dire obligé d’attendre une année avant de reprendre la suite de mes études. Ajourné également du service militaire (qui était obligatoire à l’époque), j’avais donc un an de liberté devant moi. J’ai alors décidé d’effectuer des stages divers afin de mieux choisir mon futur métier. Premier stage chez Air France dans la cuisine collective (aujourd’hui Servair) au laboratoire d’analyses microbiologiques. La blouse blanche n’était vraiment pas faite pour moi. Deuxième stage, en distillerie, mais voir tous les jours les mêmes têtes, et le même paysage, ça n’allait pas pouvoir durer très longtemps. Libéré de la contrainte temps, il était temps de réaliser un rêve d’adolescent : traverser l’Atlantique en bateau à voile. J’ai donc embarqué en double, jusqu’à Saint-Barthélemy, alors en pleine construction. J’ai participé à la construction de maisons pour pouvoir me payer le billet retour. Rentre à l’été 1984, j’ai trouvé un boulot à Londres sur Fleet Street, chez Rhône-Poulenc. Je devais effectuer une étude de marché. Je m’y suis vraiment plu, j’ai grandement perfectionné mon anglais. Rentré fin décembre pour reprendre l’ENSIA, j’ai retrouvé une amie de promotion, Patricia (ENSIA 1982). L’une de nos passions commune était l’Asie et une autre était de parcourir le monde. Nous nous sommes mariés 18 mois plus tard.  

 

Patricia a commencé à travailler la première en 1986 à Châtellerault et je l’ai suivie. On fait mieux comme expatriation me direz-vous. J’ai trouvé mon premier travail grâce à un ancien ENSIA, en technico-marketing. Je grimpais dans les séchoirs à maïs pour mesurer des températures, afin d’améliorer le fonctionnement des séchoirs, tout en proposant des études de marchés et de valorisations de produits agricoles. Après un an, ressentant le besoin de repartir, j’ai trouvé un autre travail chez EDF-GDF, à Reims, par l’intermédiaire d’un autre ENSIA qui travaillait dans la partie Marketing et Recherche & Développement à Paris. Le réseau ENSIA marchait bien. Au bout d’un an, j’ai été nommé directeur commercial à Saint Quentin.

 

Ne me voyant pas continuer sur cette voie, j’ai redémarré une nouvelle recherche et en 1990, Barriquand (aujourd’hui Steriflow), une PME française fabriquant des autoclaves de stérilisation, m’a recruté pour une position 100% commercial export. Depuis le 1er Juin 1990, je travaille exclusivement à l’international. J’y suis resté 7 ans, j’ai visité 60 pays et les 5 continents. Par ces voyages extraordinaires, j’ai vu des pays évoluer énormément en très peu de temps. Au bout de quelques années, mon travail devenait un petit peu répétitif, sans visible évolution possible. Par mes connaissances et mon réseau professionnel, j’ai eu la chance d’être présenté à FMC, une société américaine concurrente. Mon profil d’ingénieur avec de fortes compétences commerciales à l’international était un atout. En 1997, nous partions aux Etats-Unis ; ce fut une expérience très enrichissante, tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel. Apres un an seulement, un remodelage des produits pour être adaptés au marché américain, la ligne de produit était redevenue profitable.

 

La société m’a proposé alors de rester aux Etats-Unis mais cela ne me convenait pas spécialement comme plan de carrière. Monter en hiérarchie au milieu de nationaux me paraissait compliqué. Je préférais rentrer en Europe pour travailler dans une usine que la société possédait en Belgique. De directeur commercial, j’ai petit à petit pris sous ma responsabilité toutes les fonctions pour devenir directeur général en 2003 tout en voyageant toujours autant. Dans le même temps, à la demande de l’entreprise, j’ai suivi un MBA (Master of Business Administration) à l’université de Chicago de 2001 à 2003. Pour ceux qui veulent être dans le business international et qui en ont l’opportunité, il est très important de comprendre les méthodes de management américaines.  Le monde est, en définitive, dirigé par ce fonctionnement- là. Je m’occupais donc de la filiale Europe. FMC cherchait à s’étendre vers l’Asie. Après sept ans en Belgique, je suis parti à Shanghai.

 

Patricia, a eu une carrière tournée d’abord vers la R&D en Biotechnologies puis est passée en sucrerie/distillerie lorsqu’elle m’a suivi à Reims. Elle est, par la suite, rentrée chez Nabisco, qui était Belin à l’époque : elle y dirigea la partie R&D des biscuits sucrés. Quand FMC m’a embauché, nous sommes partis aux Etats-Unis, comme nous n’aurions pas d’enfants, nous avons décidé qu’elle arrêterait sa carrière et qu’elle se consacrerait à ses deux passions : la peinture et le cheval. Nous étions basés à Fresno en Californie, qui n’est pas la ville la plus représentative de l’idée que l’on se fait de la Californie ! rire

 

Quelle était donc votre mission, une fois arrivé à Shanghai ?

 

Le projet était alors de créer toute une filière opérationnelle près de Shanghai: trouver une usine, engager son personnel, transférer les technologies depuis l’Europe et les Etats Unis, démarrer une production d’équipements… Au bout de trois ans, Patricia m’a dit qu’elle en avait marre de la Chine et qu’elle voulait aller habiter en Mongolie. C’est ça être agro, c’est être Français, travailler pour une compagnie américaine, être payé en Belgique, travailler en Chine et vivre en Mongolie : être voyageurs du monde, nomades et vivre ses passions. Aujourd’hui, je ne suis que dix jours par mois à Singapour. Je pars en Inde demain, je suis à Shanghai la semaine prochaine, je reviens ici puis après je repars en Thaïlande et cela fait maintenant 28 ans que je fais ça ; c’est ma passion.

 

Nous nous étions alors imaginés faire notre vie en Mongolie. C’est un pays merveilleux. Certes le pays le plus froid du monde, le moins dense du monde, avec la capitale la plus polluée du monde en hiver (car il faut dire qu’il y fait -45°C), mais nous étions vraiment tombés sous son charme. Malheureusement, la vie réserve ses surprises, bonnes et mauvaises parfois. Nous rentrerons à Paris en 2013, je démissionnais de FMC et je cherchais alors du travail en France. Patricia est décédée en septembre 2013. 

 

Il fallait continuer. Fin 2014, j’ai été embauché par une société suisse, Habasit, leader mondiale de courroies plastiques et de systèmes de convoyage, en tant dirigeant de l’Asie Pacifique, ma spécialité. J’avais deux missions particulières : restructurer puis développer par acquisition. La deuxième mission ayant été avortée, le siège régional  fut fermé au bout de deux ans. Au 1er décembre 2017, je commençais chez Johnson Controls et je m’occupe de la division Réfrigération Industrielle (air conditionné, process industriel) sur toute l’Asie Pacifique.

 

Y a-t-il beaucoup d’évolutions dans ce secteur-ci ?

 

Il y a effectivement beaucoup d’options, ce secteur est au cœur des problématiques environnementales. Il y a 30 ans, les réfrigérants détruisaient la couche d’ozone. Maintenant, on a trouvé des alternatives chimiques moins toxiques tels que l’ammoniac et le gaz carbonique.

Si aujourd’hui des événements tragiques nous rappellent que des travailleurs chinois meurent à cause d’une fuite d’ammoniaque, ce n’est pas la faute du réfrigérant mais parce que les installations sont très mal entretenues, obsolètes et que les portes de sécurité de l’usine sont verrouillées. La vision de l’organisation du travail est très différente ici en Asie ; il est dommage qu’une vision de la France à l’étranger soit ses grèves. La notion de grève est quelque chose qui n’existe pas vraiment en Asie. Au Japon, on fait grève en mettant un bandeau noir sur le bras et en s’arrêtant de penser, mais cela n’implique pas d’arrêter de travailler au contraire. Basé en Asie, on peut avoir à travailler très tard le soir ou très tôt le matin. Cela ne veut pas forcément dire travailler plus mais plutôt travailler en fonction du besoin. C’est là une grande différence entre l’Asie et l’Europe : la manière d’appréhender le travail. C’est une culture totalement différente dont j’ai toujours été proche. De plus, à mon âge, retrouver du travail en France aurait été impossible. Ici, je peux trouver un travail payé au prix qui le mérite, où l’on me dit que l’avantage avec mon profil est que j’ai des opportunités de carrière dans les cinq ans à venir.

 

Est-ce là, pour vous, une différence majeure par rapport aux pays occidentaux ?

 

Oui et il y en a plein d’autres. D’abord, il y a 4.5 milliards de personnes en Asie, de l’Inde au Japon, de la Chine à l’Australie: c’est donc plus de 10 milliards de repas par jour. Alors même si 10% de personnes mangent bien, cela fait plus de 1 milliard de repas par jour, ce n’est qu’un business croissant pour les industries agro-alimentaires. Une société étrangère peut avoir une croissance annuelle de 10% dans la région, alors qu’elle sera de 0% à 3% seulement en Europe. Ce sont des éléments de comparaison qu’il faut avoir en tête.

 

La deuxième différence majeure, c’est la façon de penser. Un Asiatique, principalement la culture chinoise, prendra une décision en prenant en compte de son impact sur son environnement alors que l’Américain sera plus cartésien: il va analyser en sous sections et traiter le problème pour le problème, sans s’occuper de ce qui va se passer à côté. J’ai lu récemment un livre traitant de ces différences culturelles : il est fait référence à un test assez révélateur qui consiste à penser à trois images : un poulet, une vache et un champ d’herbes et il faut associer deux images ensemble. La pensée asiatique associe la vache et le champ d’herbes alors que la pensée américaine associe la vache et le poulet. La vache vit dans le pré, la vache et le poulet sont des animaux. Ce n’est pas du tout la même approche. De ce fait, autour d’une table de négociations, les pensées sont différentes et peuvent aboutir à deux résultats différents.

 

Pouvez-vous nous expliquer ce que vous voulez dire par : «dans la culture chinoise, on ne pourra pas prendre de décision sans prendre en compte son impact sur son environnement » ?

 

Pendant une négociation, un Chinois va d’abord penser à ce que pense l’autre partie: l’environnement, ce sont les gens avec lesquels il négocie. Dans la culture chinoise, il ne faut pas faire « perdre la face » à son interlocuteur, c’est-à-dire qu’il ne faut jamais mettre l’autre dans une situation délicate et gênante. Après on ne peut pas dire que l’Asie est monotone, chaque culture est différente. Ici, en Asie du Sud-Est, toutes les influences asiatiques se mélangent : chinoise, indienne, malaise et internationale... À Singapour, c’est très particulier et unique. La Chine par exemple, c’est plusieurs pays différents. On oublie aussi souvent que, de par sa croissance, proportionnellement parlant, il y a plus de gens qui souffrent de malnutrition en France qu’en Chine. Il y a plus de corruption en Inde qu’en Chine également. L’Inde et l’Asie Centrale sont très complexes ; ce sont des zones multi-ethniques d’une richesse et d’une diversité incroyables de par leurs histoires.

 

D’une manière plus globale à présent, quels sont les enjeux de demain selon vous ?

 

Je pense qu’il y a largement de quoi nourrir la population mondiale. L’accès aux ressources et à leur répartition de manière à ce qu’il n’y ait pas un épuisement accéléré reste le challenge. Le vrai enjeu, à mon avis, c’est la distance qui s’accentue entre la population et ses dirigeants. Une démocratie devrait pouvoir élire un représentant du peuple qui la représente. Aujourd’hui, il apparait que le monde financier est très attaché au monde politique. Je trouve qu’il y a un problème important de gouvernance mondiale.

 

Lorsque l’on choisit sa voie et son emploi, il faut également bien choisir la culture d’entreprise qui nous convient. La politique et la culture d’une société peut ne pas vous convenir. En tant que dirigeant, il m’arrive souvent de rappeler à chacun qu’il est toujours possible de trouver une autre entreprise où cette personne s’intègrera mieux, s’épanouira et pourra alors mieux travailler. Il ne s’agit en aucun cas d’incompétence. C’est vrai que qu’il est difficile de repasser par une recherche de travail et d’embauche mais il ne faut pas hésiter à le faire!

Une autre chose que j’ai apprise très tôt : quand vous commencez un nouveau travail, assumez que vous n’y connaissez rien. A la fin de la journée de travail, il faut avoir l’impression d’avoir appris 100% de son temps ; si cela ne se produit pas, c’est que l’on perd son temps. C’est une évolution linéaire : Nous donnons 0% à notre premier jour et 100% au moment où nous prenons notre retraite. Il ne faut jamais avoir l’impression de stagner dans son job. J’apprends tous les jours encore aujourd’hui, même si je donne beaucoup plus que quand j’ai commencé à travailler.

 

Une autre différence entre l’Asie et des pays comme en Europe, c’est qu’il n’y a pas de système de chômage. Je n’ai pas de systèmes de retraite ni de chômage en cas de perte d’emploi; je reçois un salaire et je gère ma retraite, mon assurance santé ou les périodes sans travail. C’est plus compliqué qu’en Europe de penser à épargner en permanence. Nous investissons, nous faisons nos choix, nous ne sommes pas assistés. C’est aussi une recommandation pour votre génération : faites attention à ne pas être assistés. Vous avez grandi avec les ordinateurs dans un  monde « facilité » et cela pourrait endormir vos esprits. Mais si vous adoptez un certain dynamisme et que vous profitez des outils du monde numérique, vous avez de merveilleuses possibilités. On accumule, depuis cette révolution numérique, une montagne d’informations qui sont stockées mais pas toujours traitées. Je trouve cela très bien qu’on ne le fasse pas. Je trouve douteux que des sociétés gérant des réseaux sociaux monétisent ces informations. C’est le début d’une manipulation de l’homme.

Il faut refroidir tous ces serveurs informatiques qui reçoivent des quantités phénoménales de données chaque jour… Les ventes de groupe de réfrigération pour des « data centers » sont en pleine croissance et le coût énergétique est énorme. On parle d’environnement, on parle peu, ce sont de véritables centrales thermiques.

 

La problématique, elle est là : chaque pays a des besoins différents. Le travail des enfants, la « corruption » sont des évènements extrêmement complexes difficiles à arrêter en un jour. Il y a beaucoup à dire sur ces sujets… Il y a tout un travail à faire. Il a fallu 200 ans depuis la Révolution Française pour arriver ou nous en sommes.

 

En conclusion, si je pouvais partager un peu de mon expérience, ayez du fun ! Ne vous engagez pas dans un métier qui ne vous plait pas. L’argent c’est une chose, mais il y a beaucoup d’autres éléments à considérer. Faites ce que vous aimez.

Ingénieur - Commerce international - équipement agro-alimentaire de pointe - Asie Pacifique  

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